C’est bien peu de le dire: on l’attendait, cette reprise à la “Manu” de Saint Quentin qui, à l’occasion de la Fête de la Musique, avait déjà eu la belle idée d’organiser un set en ses murs, sous couvert bien entendu du strict respect des consignes sanitaires. N’en déplaise aux donneurs de leçons revenus de toutes les guerres qu’ils n’ont pas connues, l’événement fut une réussite et on peut en dire autant du set d’Edgär, ce samedi, face à une assemblée…de véhicules tous klaxons activés, au sein desquels ça dansait jusqu’à faire gigoter l’habitacle. Entre joie non dissimulée et émotion liée à une soirée hors-normes, impeccablement tenue, Edgär a pour ainsi dire vécu, avec son public, un temps un peu hors du temps. Une parenthèse enchantée et enchanteresse, ponctuée par sa pelletée de morceaux de haut vol.

Le temps de disposer les véhicules donc -5 euros par voiture, on a connu bien pire comme tarif-, notre brève attente est récompensée par l’arrivée sur scène du trio unissant, je crois que le mot est juste, Antoine Brun, Ronan Mézière et Jocelyn Soler. Si ces derniers connaissent la Manufacture pour y avoir assuré, fin 2018, la première partie de General Elektriks, ils y donnent cette fois un gig différent, certes, mais à l’impact décuplé par la joie d’en être. Armé, depuis peu, d’un mélodieux et scintillant Lights, clippé à grand renfort d’amitié comme le fut le tubesque You don’t know, ce trio fédérateur va rafler la mise à l’occasion de ce concert, comme le dira justement Ronan à l’issue d’un morceau, particulier mais exceptionnel. Le public, lui, s’adapte et n’en rate pas une miette. Un détour entre les voitures, appareil en main, me plonge dans un bain, revigorant, de sourires et d’ondulations corporelles ayant pour trait commun la félicité. Le plaisir, intense, d’entendre le solide répertoire d’un clan à l’avancée comptée mais pensée, émaillée de dates et de compositions qui immanquablement comblent leur monde. Qu’on provienne de la sphère du rock indé écorché, qu’on penche pour les soubresauts de l’électro ou qu’on aime la pop bien mise, Edgär répond à nos besoins. A la croisée de ces trois courants, il en assure l’amalgame ajusté.

L’unité fait le reste, la valeur des morceaux charpente un live ponctué par une cover de Simon and Garfunkel, plutôt bien sentie: The sound of silence. Avant ça, Stuck in your shadow aura ouvert le bal avec efficience. Slow motion, l’un de mes préférés avec son incartade rock bienvenue, l’aura suivi pour parfaire l’amorce. C’est du solide, du bien ancré, que propose Edgär. Teacup et ses harmonies pures prend le relais, on est bel et bien dans l’excellence de chansons ouvragées avec une belle mainmise. Two trees, aux gimmicks doux, une perle à vrai dire, s’envole. Qu’il est bon d’être là! J’écris peut-être sous la diction de l’émotion, réveillé mais pas tout à fait retombé. Comme beaucoup de monde, assurément Qu’à cela ne tienne, le ressenti n’en est que plus vrai encore. L’alerte The paintor me revient aux oreilles, joué de manière soutenue et saccadée. What’s that sound, what a sound!, pourrait-on se dire à l’écoute, issu de l’ep Walking into heaven (2020), assure une suite qui ne vacille pas. Entre titres du dit disque et extraits de Persona (2017), le contenu tient debout et fait remuer les gambettes.

Arrive alors You don’t know, cité plus haut, avec ses petits riffs rock secs. Le genre de titre qui fait monter la pression, bulle d’air poppy irrésistible. Truffé de bonnes idées sonores, divers sur le plan des cadences, sensible vocalement, Edgär nous en met plein les mirettes. Ca jubile sec, Dictator heaven, un autre “hymne” s’en prenant aux méfaits de l’écran rectangulaire, poursuit victorieusement. La guitare de Ronan, après un bel unisson vocal, y va de sa giclée rock. On aime. Heaven tricks, selon une électro-pop aussi rêveuse qu’alerte, amorce la dernière ligne droite. En une dizaine de morceaux de son cru, valeureux, Edgär sème du bonheur. Sound of silence, ultime finesse du soir, se chargeant de terminer sobrement un concert accompli. Les trois hommes se congratulent, ils le peuvent: ils viennent de remettre une vive lumière, par le biais de leur prestation, dans un horizon que l’actualité a singulièrement obscurci. On les en remercie vivement, leur mérite est d’autant plus grand que la mission, dans ces conditions, peut s’avérer périlleuse. On félicite au passage la Manufacture, qui maintient avec brio la tenue d’événements de choix, dans l’attente d’une suite que la brochure distribuée à tous les arrivants, ce samedi, annonce d’ores et déjà palpitante.

Photos William Dumont.
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