Giant Sand “Ramp” (Réédition.Fire Records, 17 juillet 2020).

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Sorti originellement en 1991, le Ramp de Giant Sand, superbe alliage indé où voisinent rock dru, élans folk et décors faits de banjo, dobro, pedal-steel ou encore harmonica, fait l’objet en ce mois de juillet d’une ressortie étendue, agrémentée qui plus est par les Mad Dog Studio sessions enregistrées la même année. L’album démarre pied au plancher, sur un clair et acéré Warm storm. Chants à deux, guitares bourrues, ton rock et, soudainement, ornement folk chatoyant s’y invitent sans le moindre heurt si ce n’est celui, affriolant, du son. Compris dans les “musts” du groupe, le disque est aussi “repackaged”, pour faire dans l’anglicisme. Autant dire qu’il serait malheureux de ne pas en profiter. Romance of falling, aux griffes éprises de mélodies ferventes, ne concède rien à la médiocrité. Les voix duelles reviennent, on est là dans un rock qui mord avec élégance. Un peu comme chez Gallon Drunk, Nick Cave aussi, Giant Sand réalise l’alliance ajustée entre force et magnificence. Wonder, singulièrement folk, tranche avec la dynamique percutante impulsé par les premiers titres. Magnifique, sautillant, il montre aussi que dans ce registre, Gelb et consorts sont imprenables. Ils font preuve d’imagination sonique, versent sur Welcome to my world dans le crooner rétro charmeur. Tout leur réussit. Même quand, audacieux, ils marient riffs crus et voix paresseuse, à la Pavement dirait-on (Anti shadow), avant de se lancer dans une incartade plus “folklorique” pour ensuite faire gronder, derechef, ce rock offensif. Si j’avais, déjà, été comblé par la réédition de Glum, acquise il y a quelques mois, celle-ci me satisfait tout autant.

Neon filler, fort d’un éclat racé, peaufiné par les instruments cités plus haut, par les organes vocaux aussi, honore ses pères. Brut et subtil, Ramp flamboie. Jazzer snipe, sur des sons à la Soul Coughing, en étend sur un jazz déviant la conséquente portée. Libre, Giant Sand explore et gagne, grandement, à flâner musicalement. Z.Z quicker foot, saccadé, fait parler la poudre. Il crisse, saute à la gorge de l’auditeur et à côté de ça, se pare de bruits finauds, dans l’opposition avec son bruitisme.

Du tout bon, incontestablement, que l’idée de remettre le contenu à l’ordre du jour. Fire Records est fiable dans l’exercice, Seldom matters et sa country des grands espaces lui donnent définitivement raison. La brillance se situe à tous les niveaux, on y change de rythme comme la parade. L’harmonica s’incruste, surlignant la finesse du jeu. Resolver, sur une durée plus brève, renvoie la même luxuriance. Nowhere, à son tour, itou. Giant Sand signe là un passage moins frontal, certes, mais tout aussi abouti. Alors Always horses coming, leste et riffeur, me fait mentir. Rapide après une amorce massive, il gicle une sève rock salvatrice. Les guitares y dérapent. Du millésimé encore, suivi d’un Patsy’s blues entre l’hérissé et des “glissades” vers d’une part, des notes inédites un brin funky et d’autre part, un chant singulier. Stylé en diable, le clan de Tucson est à son apogée.

C’est à ce moment que Back to the black and grey, jazzy et enfumé, se fait entendre. Les Mad Dog Sessions, on le pressent, constitueront pour l’album un merveilleux complément. on trépigne, de joie, devant ce mix agile entre dur et fin. Trickle down system lacère et scintille dans le même élan. Bible black, book II fait sonner le piano, changeant dans ses humeurs, accompagné par un chant une fois encore racé, sensitif. Still too far souffle une folk-music sobre. Il n’y a pas une seconde, sur ce Ramp splendide, où l’attention se relâche. Romance of falling resurgit en une version étirée, équilibrée entre coups de boutoir et moments bridés. Can’t find love, d’une entrée en matière s’annonçant noisy, sert un funk-rock haché, dansant et alerte, qui fait rage et pousse à la valse endiablée. De bout en bout, le groupe se distingue. Shadow to you, presque aussi tapageur, termine l’ouvrage avec caractère. Voilà, pour nous privilégiés, une “reissue” parfaite, complète, belle et belliqueuse, dont l’acquisition s’impose et ne se discute absolument pas.

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