Suite à leur puissant “W.O.M.P”, à leur medley live de Sepultura et à de multiples collaborations, les atypiques Tambours du Bronx répondent aux questions de Muzzart…

1) « W.O.M.P. » étant maintenant largement « digéré », quel regard portez-vous sur son contenu et, au-delà de ça, sur l’accueil qui lui a été réservé ?

Je dirais qu’il y a une certaine fierté envers ce premier album de métal réalisé très vite, avec un doute énorme quant à son accueil. On prend toujours beaucoup de plaisir à jouer ces morceaux. Nous ne nous sommes pas dit : « C’était pas terrible en fait, faisons mieux ». On continue d’avoir régulièrement des messages de fans nous signifiant combien cet album compte pour eux. Fierté et reconnaissance envers les fans et la presse.

2) Plus de 30 ans après une première prestation censée n’être qu’un événement unique, vous êtes toujours là ! Qu’est-ce qui permet à un groupe, selon vous, de tenir sur une durée aussi conséquente ?

Il y a probablement une part de chance. Mais surtout, une forme d’honnêteté, de sincérité dans le sens où nous n’avons jamais eu de plan de carrière ; nous sommes restés à la campagne, à tout gérer au maximum nous-mêmes et à faire ce qu’on voulait (pouvait) quand on le voulait. Il y a aussi cet éclectisme dû au nombre et à la variété d’âges et de cultures musicales différentes au sein du groupe. Cette énergie live inégalée (en toute modestie). Ce côté à part.

Finalement, un public de tous âges et d’horizons musicaux peut se retrouver dans les Tambours du Bronx. Que ce soit la gestuelle, la percussion, l’électro, le métal, le côté théâtral … Tout ça nous permet de toucher un public très large et très varié.

3) D’où vous vient cette formule inédite et loin, sans faire de mauvais jeu de mots, d’être « bidon » ? J’imagine que votre lieu de vie a influé sur la formule mise en place…

Oui, le groupe a émergé dans une cité cheminote où les bidons étaient facilement accessibles. Il y avait cette idée de l’évènement unique, faire une version industrielle des Tambours du Burundi.

4) Je vous ai vus au Festival Les Vers Solidaires, en 2011, à Saint Gobain (02). Nous fumes impressionnés par la symbiose et la force de frappe de votre clan et du coup, je vous ai de suite vus comme un groupe « en vase clos », affairé à faire perdurer son identité propre. Or, depuis, vous multipliez les collaborations. Vous y prenez vraisemblablement goût, non ? Que vous apportent ces nombreux travaux communs ?

Nous avons toujours fait des collaborations avec d’autres artistes, elles n’ont juste pas toutes été médiatisées. Si on remonte dans le temps, il n’y avait pas les réseaux sociaux pour relayer. Mais nous avons travaillé il y a très longtemps avec Alan Stivell par exemple. Nous avons sorti l’album Grand Mix en 93 avec l’Orchestre Philarmonique des pays de Loire et des voix bulgares. Nous avons sorti un album de remixes (Stereostress), nous avons rejoint les Wampas sur scène, et j’en passe de nombreux autres (que nous aborderons d’ailleurs dans notre « émission » Bronx TV… ).

Je dis souvent qu’il s’agit avant tout d’une aventure humaine, quand on s’entend avec « l’autre musicien » on essaye de faire quelque chose ensemble. La collaboration musicale apporte toujours une certaine fraîcheur, une respiration, et de la richesse musicale. Mais nous sommes également et paradoxalement, comme tu le dis, « en vase clos », affairés à faire perdurer notre identité propre.

5) Ma deuxième avec vous s’est tenue au Creil Colors, à Creil (60), en 2014. J’en ai tiré de beaux clichés, quelle importance accordez-vous au visuel ? J’ai le sentiment que c’est quelque chose, chez vous, d’assez prépondérant.

Le visuel est effectivement très important. Remontons un peu dans le temps : des types tapent sur des bidons. Le son est violent, presque désagréable, la mélodie inexistante (à l’époque). Mais cette énergie qui est également visuelle, cette gestuelle est une partie intégrante des Tambours et le restera toujours (même avec l’adjonction maintenant de mélodies électro ou guitares…). C’est ce qui marque le public et rend le spectacle captivant.

6) Je viens de regarder vos covers live de Sepultura, est-ce un groupe dont vous vous sentez proches de par l’esprit qui l’anime et ses penchants tribaux ?

Oui. Déjà parce que pour certains d’entre nous, fans de métal et donc de Sepultura, avons été largement influencés par eux. Ensuite, effectivement, pour tout le monde, car toutes les générations au sein des Tambours, ont ressenti cette symbiose, cette énergie live énorme que nous avons en commun et ce côté tribal, que nous avons tous, chacun à notre façon. Et humainement, ça a collé tout de suite.

7) Considérez-vous avoir développé un style sans réel équivalent ? Je n’ai pas le souvenir, malgré ma vie d’oiseau de nuit du live, d’avoir déjà entendu quoique ce soit de ressemblant…

En quelque sorte oui. Il y a d’autres groupes qui jouent sur des bidons, mais personne ne va aussi loin que nous dans l’interprétation : on se fait mal, vraiment. Il y a aussi le fait que nous n’avons pas une approche « percussion » du bidon, mais rock. On compose et on joue sur ces fûts sans lien réel avec le monde de la percu, mais bien à la façon d’un groupe de rock, sans guitares. (Jusqu’à WOMP …).

8) Vous êtes 15 dans le groupe, c’est beaucoup ! Comment ça se passe pour composer et comment arrivez-vous, en tournée notamment, à cohabiter « harmonieusement » 

Effectivement, ça tient du miracle. Nous ne composons jamais tous ensemble. C’est plutôt l’œuvre de quelques musiciens, chacun de leur côté ou en petits groupes. Ensuite, on sélectionne les démos qui plaisent au groupe complet et l’arrangement final se fait pendant l’apprentissage. La « masse » appose sa patte.

Les concerts sont un immense défouloir, et nous partageons des moments scéniques intenses. De plus chaque musicien est resté simple et cool, donc malgré certains heurts inévitables, on s’en sort plutôt très bien !

9) Quels sont vos projets actuels ?

Survivre à la crise du Covid ! En profiter pour préparer un nouveau spectacle classique (« à l’ancienne, sans guitares »), et commencer à travailler au successeur de l’album WOMP (métal).

Photo groupe (avatar) : Caroline Gogry.

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