Islet “Eyelet” (6 mars 2020, Fire Records).

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Groupe issu de Pays de Galles, Islet pratique une dream-pop minimale, un poil électro, toute en finesse et en rêverie. Eyelet, loin de révéler -la preuve de sa vertu n’est plus à établir- le groupe, en valide en tout cas instantanément l’aisance à concocter des perles ouatées, qui parfois évoquent The XX pour ce côté minimaliste, donc, qui fait mouche (Treasure où les chants alliés brillent dans l’ombre). Entre le velours grave de l’homme et le “sucré” de la dame, il est indéniable que la posture vocale crédite grandement Islet, dont le Caterpillar barré dans le ciel, chargé d’ouvrir la marche ou plutôt d’amorcer l’ascension vers des nuages plutôt sereins, impose d’emblée son décor céleste et ses atours vaporeux. On se sent, sans plus attendre, sombrer dans une belle torpeur, protectrice. Good grief, un peu plus alerte, faisant valoir ces sons doux mais qu’on retient, lesquels honorent eux aussi la recherche sonore et “texturelle” d’Islet. On touche aussi, un peu et en l’occurrence, au trip-hop. On acidule le propos avec légèreté, sans perturber la montée débutée au son du morceau premier. Geese, brumeux…nous embrume. Il en émane, de façon prégnante, un sentiment d’envol lent, lancinant. On se drape dans le son, qui malgré ses airs caressants ne manque pas de vie. On ondule, sans s’agiter outre-mesure, à l’écoute d’Eyelet.

On tire profit, tout autant, d’essais clairement plus vifs (Sowylfa rock), dont la teneur bouscule amicalement le rêve qui prend forme. Voilà un album cohérent, qu’aucune erreur ou faute de goût ne viendra entacher. L’excellent Radel 10, d’une électro-pop alerte, semble même, par sa vivacité mélodieuse, vouloir mettre fin à l’errance mentale suscitée par le disque. Ses basses font danser, son rythme le rend assez irrésistible.

On en prend alors pleinement conscience; Eyelet charme, dévie de façon mesurée, vaut autant par ses sonorités que par ses climats et vocaux (Clouds, dont l’intitulé résume bien le contenu). Ces nuages, un vent doux, une brise sans violence les anime. Florist retombe un peu, saccadé, bien ficelé, psych-pop et…venteux, justement. Nul besoin de déployer toute une batterie de moyens pour toucher au but; Islet, dans l’économie, s’en tire parfaitement bien. Son Moon bien lunaire, si d’autres titres se sont essayés à brusquer le voyage, alunit complètement. Il marque d’ailleurs une fin d’album valeureuse, que seuls les motifs de No host troublent quelque peu…ou presque, on le verra quelques mots plus loin. Eyelet, dans sa soie enveloppante, préserve l’auditeur.

Tiens, une magnifique embardée sonique, ici, obscurcit brièvement l’horizon. Jolie surprise que ce changement de ton inopiné, pertinent aussi. En toute fin de parcours, Gyratory circus explore des contrées dream, presque shoegaze en certains recoins. Il aurait à mon sens été bon de pousser les écarts sonores mais Eyelet, d’une qualité maximale, renvoie incontestablement assez d’arguments décisifs pour, au bout de ses plages, laisser une marque durable dans l’esprit de son auditoire.

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