Dans l’attente de la sortie de 2 opus, l’un acoustique et d’ores et déjà enregistré, l’autre de facture “classique”, l’auteur du fameux Cold tears, à la discographie de taille et au parcours fourni, répond aux questions de Muzzart.

1) Salut Dominic ! Où en es-tu donc, 5 ans après Vanités #6 ?

– Salut Will ! Je suis en train d’écrire des textes pour mon prochain album, pendant que Romain Baousson (mon batteur et producteur artistique) finit de masteriser la compilation unplugged. Donc, j’ai de quoi m’occuper pendant le confinement (en plus du visionnage de séries et d’innombrables films) !

2) Qu’est-ce qui t’a donné l’envie de « ressurgir » ?

– Je n’ai pas l’impression de « ressurgir » même si la maturation d’un album est assez longue chez moi…

Par ailleurs, j’ai une méthode de travail un peu particulière : j’accumule des idées sur mon dictaphone et lorsqu’il est suffisamment rempli, je réécoute, je sélectionne et je pars de ces bribes pour en faire un album. C’est pareil pour les textes : j’ai au moins 5 cahiers différents remplis de textes, de bouts de phrases, de mots…

Et puis, je n’ai jamais arrêté de faire des concerts entre deux albums…

3) Tu annonces d’ores et déjà 2 albums ; un Unplugged et un album « normal ». Peux-tu en dire plus sur ces sorties très attendues? Ton mythique guitariste Vincent Sizorn est-il de la partie ?

– Cela faisait longtemps que j’envisageais de faire une compilation de mes morceaux. Le fait qu’elle soit totalement acoustique est un challenge que je me suis imposé. L’idée était surtout de choisir des morceaux du répertoire électrique pour corser un peu l’exercice. J’ai ensuite, histoire de rendre l’ensemble plus intéressant, choisi parmi mes amis des personnes susceptibles de chanter ou de jouer sur l’album. Du coup, il y a plein d’invités et quelques duos.

Il y a des arrangements de cordes que je trouve incroyables (créés et joués par Mirabelle Gilis), ainsi que des pianos (Thomas Schaettel), de la contrebasse (Jacques Auvergne), du saxo (Daniel Paboeuf), de la basse (Mike Watt ex Stooges), et des chanteurs, chanteuses dont je ne donne pas les noms pour ménager un peu de surprise. Nous sommes parvenus à organiser des sessions entre Rennes, Paris et Sète, et le fait de pouvoir s’envoyer des fichiers audio par internet nous a fait gagner beaucoup de temps.

Mais non, Vincent ne joue pas sur ce disque. Il joue dans un groupe et on se donne des nouvelles de temps en temps.

4) L’annonce de ces travaux, un simple post sur ta page FB, a recueilli plus de « like » que n’importe quelle autre publication de ta part. Tu es attendu avec impatience, Dominic ! Composer, et partager, te manquait-il à ce point ?

– Comme je te le disais, je n’ai jamais cessé de composer. J’accumule des bouts de morceaux sur mon Dictaphone et je fais un choix parmi toutes ces idées quand il y a assez de choses exploitables. D’ailleurs, les morceaux du nouvel album s’appellent 64 ou 126 selon le numéro d’enregistrement du Dictaphone. Quant au fait de partager, c’est toujours plaisant de se savoir suivi sur de nouveaux projets !

5) Tu travailles, pour ces 2 disques, avec Romain Baousson. Qui est-il et comment s’est fait le choix de l’associer à ton retour ?

– Je connais Romain depuis les « Wanking noodles » (groupe briochin). Il a ensuite été batteur de Bikini Machine et comme il y avait déjà deux membres de Bikini dans mon groupe, j’ai immédiatement demandé à Romain de nous rejoindre. J’ai ensuite suivi un peu son travail comme producteur artistique auprès de groupes ou de ses propres projets et compris très rapidement qu’il avait un talent impressionnant. Donc, le choix a été très simple.

6) Tu as pris part à la compilation “Le jour d’après” en faveur du personnel médical du CHU de Rennes, où apparaît ta version acoustique des Leurres. Cette ville rennaise représente beaucoup pour toi, non ? Au delà de çà, le titre choisi n’est pas anodin, je présume ?

– Je vis à Paris depuis plus de 10 ans maintenant mais la majeure partie de mes amis sont rennais. Et puis, j’ai habité Rennes durant une période très prolifique, tout en étant acteur dans ce que l’on appelait le « rock rennais ». Bref, j’ai une tendresse particulière pour cette ville. Les leurres était effectivement un choix lié au sens du texte. Et, pour ne rien te cacher, je ne me lasse pas d’écouter les violons de Mirabelle.

7) C’est Christian Dargelos, le chanteur des Nus, qui est à l’origine de ce recueil. J’imagine que tu entretiens des rapports assez étroits avec ce groupe (et d’autres), de retour après une longue période ?

– Christian et moi sommes amis depuis le début des années 80 et j’ai participé à la résurrection du groupe quand ses membres m’ont proposé la place de guitariste pour tenter de remplacer Frédéric Renaud lors de la réformation à l’Ubu et du tournage du DVD. Mais, je n’avais pas le niveau requis et de toute façon, on ne remplace jamais un guitariste comme Fred Renaud (auquel j’ai consacré une chanson sur Vanités #6). Le seul qui pouvait tenir ce rôle était Goulven; de plus, j’avais mon album à défendre sur la route.

J’ai, par ailleurs travaillé avec l’excellent Pierre Corneau (bassiste) pendant quelques années. Alain Richard (le batteur ayant influencé toute la scène briochine et rennaise) est un ami de longue date et je rêvais de me retrouver un jour sur scène avec lui. Bref, ce sont tous des amis et j’étais extrêmement fier de participer à la reformation et de faire quelques guitares sur l’album.

8) Que penses-tu de leur nouvel opus ?

– Le nouvel album est très bien produit mais je m’attendais à une prise de risque un peu plus importante. Ça demeure un excellent album des Nus, avec tout ce qu’il faut.

9) Quel regard portes-tu, par ailleurs, sur la scène rennaise ?

– Etant exilé depuis un bon moment, je suis ça de loin et par le prisme de Jean-Louis Brossard qui ne manque jamais de m’inviter à découvrir de nouveaux groupes. La scène rennaise se porte bien avec des groupes de plusieurs générations ; il suffit de se procurer la compilation « Le jour d’après » pour s’en rendre compte.

10) Dans ma ville d’Amiens, nous sommes nombreux à te citer en référence, à brandir ton Cold tears comme un monument du rock hexagonal. Que représente t-il, plus de 30 ans après sa sortie, pour toi ?

– Il représente un premier album ; chose toujours importante dans une carrière. Les premiers albums ont toujours la particularité d’être un condensé d’idées accumulées sur des années. Pour élaborer le second, on dispose généralement d’un an. « Cold tears » reste l’album le plus emblématique et le plus original de ma discographie. Le choix de la boite à rythme sur du rock apportait de l’originalité. Signer sur Crammed Discs, puis sur Barclay, était inespéré à l’époque. Et ce disque ramène à tant de souvenirs forts…

11) Je t’ai vu en concert 4 ou 5 fois je crois, le premier d’entre eux était à Fort Mahon (80), en 1990 je crois. Ensuite, ce fut à la Cave aux Poètes de Roubaix puis dans des bars lillois, 20 ans après ma « première ». Que retiens-tu de cette épopée live ?

– Vincent et moi avons du faire 300 dates en moins de 2 ans avec notre magnéto à bandes, puis il y a eu la version en groupe (avec Pierre Corneau, Fred Renaud) juste après. C’était épuisant, mais j’ai d’innombrables souvenirs de cette époque où l’on remplissait des clubs et des salles de 1500 places . J’ai toujours adoré jouer dans le nord (l’ancien Aéronef en particulier) et j’y ai toujours reçu un accueil particulier. J’ai également plein de vieux amis dans cette région (ils se reconnaîtront).

Page Dominic Sonic