“Rétro from Bordeaux”: Krümel Monster ‎”Un Budget De Plusieur$ Million$ De Dollar$” (16 mars 1998, Vicious Circle).

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Laissant mon esprit dériver -ça peut donner de bonnes choses, à l’occasion-, j’ai récemment émis l’idée de chroniques “Rétro from Bordeaux”, consacrées à un label incontournable de la ville -ici, Vicious Circle– et à ses sorties déjà datées mais significatives à mes yeux. Et il y en a, dans l’antre aquitaine à l’histoire déjà chargée en groupes de valeur!

J’ai ainsi jeté mon dévolu, pour cette première, sur un combo fou du secteur, nommé Krümel Monster et incluant 2 basses, une batterie et un trompette jouée par un chanteur taré au point que sur ce disque, il laisse à l’instar de ses collègues de délire une empreinte indélébile. Un Budget De Plusieur$ Million$ De Dollar$, l’album enfanté par la clique, est un effet un monument, de ceux qu’on oublie (qui en parle encore à ce jour?) alors que leur contenu, singulier et extrêmement créatif, botterait encore les fesses, à l’heure qu’il est, d’une belle pelletée de groupes. On trouve, sur ce disque fort de 6 morceaux indomptables, des quatre-cordes qui pulsent grave, instaurent un groove et tranchent dans le vif d’un rock épileptique. Un peu comme si Primus avait fricoté avec Belly Button, hébergé sur la même structure que Krümel Monster. A cela s’ajoute un chant versatile tout en relief et folie, une batterie hors-contrôle. Et cette trompette, donc, qui cuivre le bazar en empruntant des voies free et détournées.

Sauvage et aventureux, La Ballade De Flash Gordon Jr. inaugure l’aventure, jazz feutré et racé au premier plan, déviant cependant. Le verbe est distingué, on sent néanmoins que l’ensemble, sur la brèche, peut déraper. Ca arrive sur la fin mais sans réelle implosion; le tout reste contenu. C’est La muerte, concentré (sur à peine plus de 2 minutes) de rage à la No Means No sauce bordelaise, qui laisse libre cours à la déjante savamment jouée des hommes au budget supérieur à celui de U2 (qui bien évidement influence fortement l’opus). Jolie blague; à cette époque, on faisait avec les moyens du bord et ça n’a guère changé. En mode DIY et avec l’appui d’un Cercle Vicieux solide, on faisait dans la différence et on se démarquait, en indé depuis longtemps convaincu.

Stjärna, leste et alerte, noise et jazz et fusion, enfonce le rivet. On dérive, justement, allègrement. Feutré de la trompette, cavalcades rythmiques, slap funky irrésistible; il y a tout, sur cet album, pour danser comme un frappé du bulbe. Cazzate Maschili, Italien dans le mot si je ne m’abuse (Anglais “en bonus”), associe de la même manière pulsions dansantes et coups de bélier noise. Il est rare d’entendre une telle mixture, agitée et épicée, sur le territoire. Un Budget De Plusieur$ Million$ De Dollar$ couronne cependant une ère prolifique en France et nous permet la découverte d’une clique sacrément douée. Julvisa, pavé bourru et rugissant, endiable, quand vient son tour, une ébauche foutrement réjouissante.

C’est du lourd, de l’ivraie sonique délectable. Brio funky barré et prestance vocale voisinent (6, dernière décharge ondulante), on lâche la bride sans prévenir quiconque sinon “c’est pas marrant”. J’adore ce disque, encore vendu à…5 euros sur la boutique Vicious Circle. Pour un tel effort, c’est donné. Ruez-vous dessus, il fait incontestablement partie des indispensables de nos 90’s et n’est de plus pas le seul tant le “store” regorge de trésors qu’il importe de faire revivre.

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