La Phaze “Pungle roads” (Réédition.15 avril 2020, Atypeek Music/Bruillance Records)

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Métisseur en chef de la scène française des 00’s, La Phaze est plus que jamais présent. De nouvelles sorties sont en vue et sûrement pas des moindres, son Pungle roads sorti en 2002 se voit réédité ce 15 avril chez Atypeek Music. L’idée, une fois de plus, est judicieuse. Avec ce skeud allègrement drum’n’bass, punk aussi et jungle (Pungle, pourrait-on dire..), dans l’élan d’un vivier hexagonal créatif et florissant, Arnaud Fournier et Damny Baluteau signèrent à l’époque, sur ce premier long jet, un manifeste fusion aux forts relents innovants. Doté d’une coolitude reggae jamais chiante (le genre, parfois, est en effet furieusement barbant) comme la renvoie Punglist et ses cuivres déchirés pour ensuite la bazarder à grand renfort de guitares toutes en crocs, d’envolées de claviers juteux et d’embardées jungle-ragga (un groovy et croustillant Jungleman en ouverture, dont on laissera de côté le “Ma femme s’appelle Jane, c’est moi qui la ken!”; c’était pour la rime et sûrement pas pour la frime) vivifiantes, le disque transpire l’énergie, la prise de risques sûre car façonnée par un clique de zicos qui savent où ils vont. On les suit bien volontiers, on s’entiche de leurs sons pas cons (Johnny Jamma, drum’n’bass reggaeisant du plus bel effet), on remue vite le bassin parce qu’en plus, ce joyeux bazar est dansant à l’extrême. Musical aussi, jusqu’au bout des rythmes et des voix.

Un must, à vrai dire, qui en plus de ses nombreuses vertus sonores conteste et relève, en 2002 déjà, de sérieuses dérives. On allie donc discours et qualité des compositions, ça ne gâtera pas le fruit. Ce Pungle roads, on y saute de liane en liane, les grattes féroces (R.A.S) nous mettent du plomb dans les fesses, la cadence étend la danse et le chant multi-terrain n’a pas de frein. Loquace, il fait dans le fun ou le plus sérieux avec autant de prestance. Nervous health, d’une intro dépaysante (basse de folie), impose ainsi une tchatche flingueuse. Le refrain arrache tout, il coupe des têtes au passage. Ca épure et ça fait lever le poing, c’est aussi la force de La Phaze: attiser la révolte, en préciser l’objet et les contours. Et dans le même temps, distribuer du fun à qui mieux-mieux. C’est une tuerie, point-barre, alimentée en outre par des guitares de feu.

On sait, aussi, instaurer des plans beaux et tranquilles (Uniday puis La grande question, celui-ci s’agitant toutefois singulièrement après son amorce, sur des tons funky acidulés), qui servent à repartir, dans la foulée, à toute berzingue. Tatiana dit également, et à son tour, des choses vraies. Il s’habille pour ça de sonorités pas banales, ses voix y pulsent et investissent la place avec classe et verve. Contexte poursuit la “dénonciation”, il fait usage d’une électro bavarde et exotique. La Phaze tape des phases, s’enjaille et nous met en joie. Elle s’emballe, fonce et défonce, marie les genres avec un certain style. Inutile de s’y opposer, elle a les arguments pour convertir n’importe quel résistant à son flux nourri. Le transfert, jubilatoire, cuivré et coloré, nous emmène dans sa farandole. Ils sont bons, le Damny et le Arnaud. Ils s’élèvent ici au dessus de la mêlée, mettent des coups de latte dans la fourmilière étatique et génèrent un effet extatique.

Consumatory, presque cold sur ses premiers instants, braille et balourde du son fou. Un peu tribal, un tantinet indus, doté de bruits une fois de plus ingénieux, il convoque le rock, celui qui rugit, sans pour autant en occulter ses penchants drum’n’bass qui fracassent. Injury nous ressort des sons de même nature; dérangeants, pas rangés d’ailleurs, qui font front à des riffs mastoc. C’est justement pas du toc, La Phaze prend là le relais d’un Spicy Box et à l’évidence, portera le flambeau haut et loin. Ca aiguise l’envie, tout ça, d’entendre les nouvelles créas. El sol (L’éclipse), dernier essai trituré, psyché et brumeux, ensuite direct et virevoltant, énergisant en diable, porte le coup fatal. Il place un break cuivré, son rythme sautillant en prend la suite. Dans ses uppercuts sonores, La Phaze met de la finesse. Pungle roads est un standard, de A à Z. Dans l’attente des sorties à venir, il comblera merveilleusement le manque de lives, le creux du quotidien qui s’ensuit et pansera en plus de ça les wagons de mensonges lancés à la trogne du peuple.

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