Sevrés de concerts, la dite privation étant pour beaucoup d’entre nous une réelle forme de souffrance, nous en sommes réduits à profiter des initiatives issues du net, telle celle d’Arte Concert qui organise actuellement Les Concerts à la Maison. Ou encore Je Reste à la Maison, impulsé lui par La Prod du Canap’ et qui nous a offert, entre autres merveilles journalières, un concert de Black Bones en duo mercredi soir. Un moment grisant, émaillé des versions acoustiques de Ghosts and voices, opus fraîchement sorti et constituant sans nul doute l’une des plus belles surprises récentes en termes de parutions discographiques.

Pour en revenir au premier des deux événements nommés, il était bon, voire impératif, de s’imprégner ce vendredi du set de Rodolphe Burger, donné depuis son repère alsacien. L’ex Kat Onoma, sur 45 minutes magiques, nous a gratifiés d’une petite dizaine de morceaux de son opus à venir, ENVIRONS. Dont la sortie est, suite à de multiples reports, fixée au 19 juin chez Dernière Bande Music/[PIAS] France. Comme à la parade, entre finesse du verbe, poésie agile et plans de guitare à la rudesse bienvenue, c’est un “home récital” de toute beauté, sincère et intègre, passionné, qu’on a pu vivre en l’occurrence. Une médication sonore de classe supérieure, qui transporte au point que très rapidement, on en oublie notre condition actuelle. Nouveaux morceaux dont émerge l’ombre de Bashung (ce Bleu back introductif renversant et bouleversant, Le chant des pistes qui n’aurait pas dénoté sur le Cupid de Kat Onoma), reprises d’un goût dont le bonhomme ne s’est jamais départi (Mushroom de Can, un Ba ba boom incendiaire de The Jamaïcans en guise de fin), sobriété, à l’image du petit recoin dans lequel joue l’artiste, d’un registre imprenable. Le chant, de plus, n’a pas pris une ride; fait de velours et d’une matière plus rêche, plus obscure et un tantinet crooner, il souligne parfaitement un répertoire subtil comme l’est Valse hésitation, amené lui aussi à orner ENVIRONS. Un saz emmène Parfumée d’elle, l’orne de sons peu usuels. Le rendu n’en est que meilleur encore; voyageur, il génère l’évasion. Lost and lookin’ de Sam Cooke, ensuite, l’étend. Magie du moment, de l’instant. Suspension du temps.

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Privé de ses 2 acolytes, Sarah Murcia et Christophe Calpini, Rodolphe Burger, comme il le dit bien, les “rend présents”. Sur bande, certes. Mais on se fait alors une idée de l’ampleur du rendu, du niveau musical atteint par l’équipe habituellement réunie. Le tout dans la modestie la plus totale. L’air, presque, de ne pas y toucher. Son Mushroom “piqué” à Can, virevoltant, au jeu “maison” d’un blues à la douceur trompeuse, fait mouche. On n’est jamais, lorsque Burger reprend les autres, dans le prévisible. L’artiste y met de lui et ici, il nous joue un orage électrique enivrant. Les chansons d’ENVIRONS, nerveuses dans leur classe, électriques et dynamiques, distinguées comme l’est Leiermann, si je ne m’abuse, et son piano d’une beauté à couper le souffle, augurent d’un opus qui de toute évidence suintera le savoir-faire. Tempêtes instrumentales et prestance vocale vont de pair, leur union est ébouriffante. On s’entiche, heureux.En fin de set le sieur Burger répond aux questions des internautes; en homme attaché au vrai, il est peu à l’aise avec le téléphone de son compagnon de confinement. C’est fini, on se sent mieux. Revigoré. Dans ce type de prestation réside tout le pouvoir de la musique; nous ouvrir d’autres portes, nous faire entrevoir, au delà d’une situation compromettante, une sorte de monde des possibles. Ca n’a pas de prix.

On en remercie Arte Concert, instigateur de cette idée porteuse, dont on suivra bien entendu la plupart des autres concerts “at home. Ces derniers étant un joli substitut aux “vrais” lives vécus en salle obscure traversée par des sons, et des lumières, qu’on a hâte de retrouver.

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