Sonic Youth “Live At The Warfield 1993” (24 mars 2020, Autoproduit).

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Les enregistrements live “self made” de Sonic Youth, les favoris du groupe, à disposition sur le Bandcamp du groupe. Voilà le type de news qui, lorsqu’elle survient, fait le plus grand bien. C’est de nuit que j’ai eu vent de l’affaire et délaissant la couette, me voilà parti dans l’exploration de ces 15 perles d’autant plus précieuses qu’on y trouve aussi bien l’un des derniers shows de Moore and Co qu’un Live in Venlo datant lui de 1983. C’est de celui joué au Warfield, puisqu’il fallait faire un choix, que je parlerai ici. Tout bêtement parce que la clique y était accompagné de Cell et Screaming Trees, 2 des combos les plus méritants de l’époque. Intense comme on pouvait s’y attendre, le set débute par Shoot, extrait de Dirty et par conséquent…dirty, bruitiste, mais aussi planant après une intro “maison” où les larsens zébrent l’espace. Un premier Shoot, retenu en comparaison de certains autres titres, mais déjà salvateur. Me revoilà en 1990, jeune adulte, faisant l’acquisition de Goo pour ensuite tomber dans la marmite Sonic Youth, bouillonnante, “expérimentante”, semblable à nul autre. Une drogue, à l’image de Dirty boots qui suit avec es accents pop hérissés. Sonic Youth joue vite, fort, ne te laisse aucun autre choix que de te laisser emporter. Tourbillon sonore et mélodies pop, rage et orages dévastateurs, auxquels on greffe quelques encarts mélodieux, et nous voilà dans la dépendance. Qu’un 100% explosif, nourri par ces guitares en crue, accroît. C’est le passage dédié à Dirty, Drunken butterfly voit Kim éructer comme si sa voix, rageuse, filtrait entre ses dents serrées. C’est de l’endiablé, tel Swimsuit issue dont dont les notes noisy serties de touches plus fines ponctuent l’avancée.

Steve, derrière, cogne fort et juste. Lee et Thurston, de leur jeu sans égal, font la paire. Aux guitares comme au chant. Madame Gordon assure le groove et quand elle chope le mic, assure une féminité remontée, riot, sans complaisance. Un ensemble, une formation soudée en dépit de l’issue qu’on lui connaît. Sugar kane, de ses montées impulsées par Steve, balafre à son tour l’espace scénique. Au beau milieu de cette furie, on instaure un break paisible. Les contrastes, chez Sonic Youth, sont légion et jamais forcés.

Et voilà Mote, le chant magique de Lee. Goo, mes débuts, le bord du délicieux précipice. Acquis, d’abord, en K7 parce “pas trop d’thunes”. Mote, l’un de mes préférés mais à côté de ça, la liste est longue. Jeunesse Sonique, vieillissement à peine plus sage. On ne se dépare pas comme ça d’un tel registre. Allez, pour retomber, on a ici Theresas’s sound world et derrière, Sister est honoré avec le fabuleux Catholic block. La tempête. Sister et son superbe livret aux lettres dorées. Je m’en remets si peu, j’émerge et me déboule dessus Kool thing. Un standard, qui même sans Chuck D mais avec Kim qui susurre, vous éclate à la face.

Si le jet, ici, est tendu, la retenue prime -dans un premier temps- sur I love her all the time tiré de Bad moon rising. On fait en bond en arrière, dans le temps mais pas en impact. Ce morceau, c’est du psyché qui griffe, l’atmosphère s’y gâte et implose dans un bruitisme incoercible.

S’ensuit un break dédié aux vivas; on profite de la liesse, générale. JC est le premier rappel, entre débordements et clarté du chant, entre quasi-silence et déchirures des six cordes. On n’a pas l’intention de conclure dans la paix. C’est la rixe avec Teenage riot. Daydream nation, encore un must. Dont la réédition a trouvé sa place sur les murs, aux côtés de celles de Goo et Dirty. Des merveilles bourrées d’inédits, de faces B et autres pépites dont sont friands nos lecteurs avisés. Sonic Youth en live, ça laisse des traces. Sonores, mentales. White kross, pour finir, débute fort; Thurston intervient, ça stoppe. Puis ça déferle. On breake longuement avec, habitude ancrée chez les Américains, une dextérité évidente dans la construction d’ambiances viciées, malsaines et addictives, qu’on n’entend pas ailleurs. Ou si peu. C’est fini, je passe pour ma part à l’écoute des 14 autres offrandes en me remémorant mes 3 “vrais lives” vécus auprès d’un clan mythique dont le souvenir perdurera longtemps encore, et plus encore après audition de ces documents soniques, au sein de la population rock. La vraie, celle qui s’abreuve au son insoumis et dissonnant comme l’a toujours été celui de Sonic Youth.

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