Mort Lente “Mort Lente” (Distag Records, 10 février 2020).

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Projet d’Eric, du Futur Facile, Mort Lente officie dans une veine cold, synth machin-chose tellement bien foutu, cheap et minimal, qu’il refile illico un plaisir tenace. Ce disque éponyme le voit user de claviers qui provoquent un boucan profitable, lancé par l’éponyme Mort Lente où rythme sec à l’ancienne, machines réfrigérées et voix épisodique ouvrent le chemin. Celui qui mène à Mort Lente mais séduction immédiate car le savoir-faire du bonhomme est ici évident. En sa compagnie Nous détruirons les villes, ton sombre à l’appui, rage et violence itou. Nous en jouirons, confortés dans notre démarche par un son sorti des bas-fonds. Pas pour rien si la K7 (chez Distag Records, on fait dans le vrai) a été enregistré à la Cave, à Reims. Ca lui va comme un gant tout élimé. L’électro s’y fait enfiler par des vagues cold, des bruits pas soumis nous filent le tournis. J’écoute la nuit, en accord avec son intitulé, est sombre et dérivant. Il est par ailleurs inspiré du livre “Moins que rien” de Didier Durmarque. Nul besoin d’en faire tout un pataquès, inutile d’épiloguer; on va à l’essentiel et on s’enfonce dans la noirceur, à laquelle on donne des apparats seyants. On est dans le tourment mais sa mise en son, paradoxalement, captive. Rêve Chloé Rêve, saccadé, laisse filtrer un psychédélisme brumeux, pas très catholique, hors-cadre au point d’avoir été clippé par l’artiste.

Quelques notes plus loin, Eric s’en prend à son groupe original, dont il reprend J’ai tué ton chien. Tiens, le morceau dégage des airs funèbres, se déploie comme une lente procession. Une fois de plus, ça prend. Je ne serais pas surpris, ce Mort Lente, de le voir figurer au programme d’une salle bien underground de ma ville. J’en serais même bienheureux. J’y entendrais Je suis vivant et vous êtes morts, synthés qui larsènent façon Jesus and Mary Chain époque Psychocandy et cadence obsédante comme un John Fante.

Embrasse ma main prolonge le gris bonheur, presque lascivement, dans son avancée à pas comptés. La voix émerge du crépuscule, les claviers déjantent et partent en roue libre. On est ben loin du cui-cui les p’tits oiseaux, pas le genre de la maison. Le registre est réservé aux initiés, qui y trouveront leur dose de félicité. Ca tombe d’ailleurs plutôt bien; le chemin passe par Salle de shoots, qui en son début semble emprunter les mots de l’intro d’un titre des Thugs. Si c’est le cas Eric, en plus de plier un album de choix, a bon goût.

Pour finir sur une bonne note, il nous joue un Turbide (Holiday INN cover, ni plus ni moins) qui bruisse et turbine et greffe à sa trame leste des sonorités qui elles aussi prennent la tangente. De tout ça se dégage un climat qui ne fait pas dans l’estival, certes, mais que les amateurs confirmés du créneau approuveront d’autant plus que dans sa K7 rouge et noir, il est tout juste magnifique.

Bandcamp Distag Records