Little Donkey “You know I tried” (Super Apes, 3 mars 2020).

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Suractif au sein de la scène brestoise, Little Donkey s’adonne au blues. Le vrai, fort d’effluves rétro. Qui puent. Oui, elles puent. Le blues, la rocaille vocale. L’authenticité d’un gars doué. S’il officie, avec son trio trash blues Donkey Saplot, derrière les fûts, et au micro avec Butcher & Szyslak, le Breton gère tout, ici, selon la formule qui suit: voix, guitare, coups de pieds. Il en émane, sur son You now I tried où non content d’essayer, il réussit dans ce qu’il cherche à entreprendre, un minimalisme décisif. Une certaine finesse dans le jeu, aussi, qui couplée à son organe marquant fait merveille (Little Donkey is a wanker, ultime jet aux airs d’auto-analyse sévèrement critique). Ca débute avec Wailin’, le ton est plaintif et les notes subtiles. D’emblée, ça plait. Le wanker fait bien les choses, avec trois bouts de ficelle il ensorcèle. Je me dis alors “Tout de même, on va pas s’fader un album entier de morceaux lents et larmoyants!”. Que nenni, notre homme a la bonne idée de faire dans le rude également, et magistralement. Il reprend élégamment Robert Johnson (Hell hound on my trail), déroulant une trame à nouveau dénudée. Tout juste y remarque t-on un rythme discret, couplé à sa voix typée.

Plus loin, Woke up in your bed blues s’agite, gagne en vivacité dans l’exécution. Le filet de voix de Little Donkey, on ne le dira jamais assez, provoque un effet certain. Il a du relief, va de pair avec les tissages savants -mais jamais démonstratifs- de son instrument. On a à faire à un artiste qui fait corps avec sa musique, à laquelle sa vie est vouée. On a connu pire sort, quand bien même on sait la conjoncture défavorable, et pas qu’en ces temps virusés, au milieu du son. On a besoin de ces ouvriers de la note, qui oeuvrent dans la vérité et sans compromission liée à leur mission. Un besoin absolu.


Photo Ray Flex

Bad tempered man assied d’ailleurs Little Donkey dans sa posture, sûre. Alerte et emporté, il s’ajoute à une enfilade de morceaux dont on n’ira pas contester la portée. Tout comme Self Pitying Bastard’s Blues, qui étale les atouts du lascar au talent étendu; chant racé, “de pierre”, et jeu aussi finaud qu’incisif. Ca pue, toujours. La véracité. On reprend Howlin’ Wolf (Commit a crime) de façon alerte. Manière de montrer de quel bois on se chauffe. Celui du blues, ardent, qu’on est allé couper soi-même et qu’on fait “cramer”, ici, avec brio. A la flamme du blues, au feu de la passion. I know I tried la porte haut, cette flamme pleine d’âme. La guitare s’y emballe. L’affaire est pliée, on a pour nos sens un manifeste blues bluffant. A l’issue, on ira même se faire une écoute des autres projets du Finistérien. On prêtera attention, tout autant, aux sorties de chez Super Apes, dans la perspective d’heures de bonheur auditif certain.

Bandcamp Super Apes