Bärlin “The dust of our dreams” (27 mars 2020, L’Autre Distribution/Digital: Believe).

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Trio lillois indéfinissable, et complètement unique, dans ce à quoi il se consacre soniquement, Bärlin est constitué de Clément Barbier : clarinette-chant, Laurent Macaigne : basse, et Simon Thomy : batterie. J’ai découvert le groupe lors d’un Rock en Stock à Etaples, où son style puisant dans divers éléments, et diverses époques, me mit sur le flanc et dans un état de jouissance musicale dont j’ai encore le souvenir. Avec The dust of our dreams, les nordistes assurent leur 3ème sortie et ce faisant, confirment une posture où classe du chant qui perdure sur l’intégralité de l’opus (écoutez, pour vous en convaincre, ne serait-ce que l’éponyme The dust of our dreams où 2 organes se complètent), dépaysement de la clarinette et instrumentation feutrée, venimeuse, explosive parfois, permettent un rendu tout juste…énorme. Celui-ci débute d’ailleurs, d’emblée et comme pour valider la liberté totale de Bärlin dans ce qu’il entreprend, par ce Pagan rituals long de 10 minutes “et des”. Se prétendant “low rock aux sonorités jazz” ou encore “Ghost Rock” (Low Rock / No-Jazz / Cold Wave / Post Punk / Haunted Cabaret), ce qui se vérifie totalement à l’écoute, le groupe est en fait bien plus que ça. Il fascine, subjugue, prend ici le temps de développer une longue trame mystique qu’un David Eugene Edwards (Wovenhand) aurait louée en tirant son chapeau aux 3 acolytes. A ceci près qu’à l’instar du groupe de l’albinos talentueux, Bärlin est capable de créer, et d’imposer, un style sien et “singulièrement singulier”. La voix, incantatoire, enrobe et assombrit le tableau, obscur et majestueux. Sur 7 morceaux, on n’en est qu’au terme du premier et déjà ensorcelé. Il faut retomber, mais non; il est préférable de rester sous l’emprise. Dont The dust of our dreams, dont l’éclat vocal embrasse un climat subtil et enfumé, resserre l’étau. Des montées en puissance s’amorcent, on se persuade qu’elles vont “péter”; no mister, elles restent droites dans leur classe.

La force de BÄRLIN réside entre autres là, dans l’ambiance, l’atmosphère. Dans l’identité sonore aussi, saisissante. Sur The feast, la clarinette joue des volutes sensitives. On est vraiment, en l’occurrence, dans du low-rock presque cold, susurré, sous-tendu, dont il est difficile de s’extraire et qui, excès mesurés aidant, séduit sur la durée. On n’est pas dans l’immédiat-éphémère; Bärlin conçoit un son fait pour s’inscrire dans la durée. Peut-être plus difficile à appréhender, certes, que les essais plus prévisibles d’autres combos d’ici et d’ailleurs. Mais tellement plus précieux…

Sur Glasshouses, qu’on penserait joué dans un cabaret, la grandiloquence intense est de mise. Une grandiloquence non-péjorative, synonyme, avant tout, de maestria dans le savoir-faire et dans la texture du résultat. Black heart, intimiste, expirant cette même brillance obscurcie, savamment peaufinée, qui s’emporte tout en restant élégante, sans complètement se lézarder. Elle ouvre des brèches, finement, qui écornent superbement sa splendeur initiale. C’est sur Emerald sky, (trop) courte pièce aux déchirures plus “noise”, qu’on investit des paysages plus directement fougueux. Dommage, à ce propos, que la démarche ne pousse pas ses écarts plus loin…

Qu’à cela ne tienne, un Opium fields où la clarinette souligne les soubresauts de la rythmique, termine le boulot de manière rageusement délicate. Ou l’inverse, vous en jugerez après acquisition de l’objet. Les envolées, belles autant que puissantes, vont chercher du côté d’un Swans. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les références citées ici sont de taille: The dust of our dreams l’est tout autant, même son titre est attachant. Ses géniteurs, en tous les cas, atteignent avec lui le faîte de la production musicale, en plus d’entériner une personnalité ne devant rien à quiconque autour d’eux. On n’est d’ailleurs pas au bout de nos surprises puisqu’au moment où j’écris ces dernières lignes, un “bonus track” parvient à mes écoutilles. Mystique et illuminé, porteur d’une sorte de drone qui lentement s’éteint, il ne fait que conférer à Bärlin un surplus de classe et de “séduisance”. Merveilleuse expérience.

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