Moonlight Benjamin « Simido » (31 janvier 2020, Ma Case/Absilone).

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Siltane (mars 2018) fut déjà une bonne surprise. Faisant rugir, avec panache, un blues-rock hérissé et orné et touches exotiques « made in Haïti », il dévoilait Moonlight Benjamin, « contestatrice » invétérée et novatrice sur le plan sonore, donc.

Avec Simido, la formule s’avérant porteuse, on la réitère. Avec la même portée. Il n’y a rien de mal à cela; mieux vaut en effet retranscrire une certaine singularité que de nous harasser, comme le font encore trop de soi-disant artistes, de sons prévisibles maintes fois usités. On renoue donc, ici, avec la saturation des guitares, avec un blues dépaysant que le chant vaudou de Moonlight Benjamin vient enrober, plein de relief. Un morceau comme Salwe, assez orageux pour qu’on se prenne à son jeu, fait mouche mais pour le coup, c’est l’ensemble qui, ajusté et souvent rude dans ses atours presque world, se distingue. On a d’emblée droit, au son de Nap chape,à l’enivrement, racé, d’un rock chaloupé, riffeur. C’est dans ce registre « hérisson » qu’on apprécie Moonlight Benjain, pour sa capacité à sonner rock sans nous renvoyer à la banalité. Ki nouvel, saccadé, validant la bonne impression liée au début d’album.

Il s’agit toutefois de tenir sur la durée, c’est ce qui entérine de façon ferme et définitive les « grands ». Pale pawol ondule, fait valoir de fines notes. Mais il durcit le ton ensuite, batailleur. Les tonalités blues sont de mise, parfaitement troussées par Matthis Pascaud : guitar, Quentin Rochas : bass, Matthieu Vial-Collet : guitar, et Bertrand Noel : drums. L’équipe se serre les coudes, unie à la cause d’une identité qu’on ne peut nier. Tchoule dérape d’ailleurs dans un solo bref mais marquant, symbole d’une dextérité évidente. On ne voit pas, sur Simido, d’où l’erreur, l’hypothétique temps faible, pourrait survenir.

Plus loin, le registre ne s’assagit pas avec l’éponyme Simido, au groove fatal. On danse pendant que Moonlight Benjamin s’offense, de brèves incartades jazzy saupoudrent l’essai. Pasay, fort d’accords exotisants et d’un chant une fois de plus révolté, tient la route. On est bien loin de la déroute, c’est même plutôt les sphères musicales qu’on approche avec Simido. Lequel, en plus de confirmer l’approche personnelle du quintet, sonne parfaitement vrai. Les guitares, incisives, cisèlent de parfaits canevas. La rythmique est au diapason, tout terrain. Quant au chant on le connaît; caractère et intensité, palpables, annoncent la couleur. Pye poudre, modéré, s’adoucit sans toutefois générer l’ennui.

En fin de parcours, Belekou s’adonne à un blues lent, leste, porté sur des abords atmosphériques. Classieux, il fait retomber la pression. Pas l’intensité. Il se pare d’ailleurs d’envolées rauques qui assurent le contre-pied de sa subtilité. C’est enfin Kafou, dansant et saccadé, vivace, qui met fin à l’opus. Pas une fois, la qualité n’a flanché. Etincelante « re-révélation », Simido sacre la prêtresse vaudou-blues-rock et, plus largement, un clan détenteur d’une musique alliant impact et singularité.

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