Kevin Krauter “Full hand” (28 février 2020, Bayonet/Differ Ant).

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Venu de l’Indiana, Kevin Krauter sort avec ce Full hand son second long jet, après Toss up (juin 2018) lui-même précédé de 2 disques forts de six titres. On y trouve, souvent douce et déliée, une pop claire, qui peut cependant flirter -de manière trop éparse- avec le shoegaze (Surprise). La voix, également placide, ornant un ensemble qui, s’il se montre prudent, s’avère agréable à l’écoute. Musicien, songwriter et performer, Krauter gère de plus la totalité de ses travaux musicaux. Il n’en est que plus méritant encore et Opportunity, après une Intro brève et dispensable, amorce son épopée pop sans excès, sincère, à l’occasion de laquelle il narre ses déboires. Le contenu s’anime parfois, en restant inoffensif ou presque (Patience). On fait dans le sobre, l’économie dans l’étayage prédomine et ça suffit, en l’occurrence, à trousser un bon disque. Kept, passé le Surprise nommé plus haut, se pare de discrètes tonalités électro, qui viennent nacrer l’essai indé de l’Américain. Plus sage et plus lumineux, dit la bio, que Toss up, Full hand plaira mais manque, peut-être, d’envolées moins légères qui lui donneraient un surplus de caractère.

Intermission fait illusion, sa cadence marquée le porte. Il reste, toutefois, dans une veine pop cristalline…qui recourt malgré son apparente quiétude à des sons déviants. Puis c’est le dénuement, sur Pretty boy, qui teinte le rendu. En revenant, ici, sur son parcours, Krauter semble chercher, par ce son paisible, une forme de sérénité. Le contenu y incite en tout cas, Piper en perpétue le côté pacifique. L’artiste, dans ce créneau, n’aura pas volé ses galons. Il propose un ouvrage abouti.

L’éponyme Full hand, folk-pop elle aussi à nu, confirme. L’album est pop, sage, bien ficelé. Treasure, climatique, saccadé, amène de la vie, gentiment. On attend le dérapage, même tenu comme peut l’être la dream-pop de Surprise. Il ne viendra pas, Green eyes souffle un air presque jazzy subtil et tranquille, émaillé de notes bluesy qui évoquent Elysian Fields. Le tourment annoncé par la pochette de Full hand ne réside ici que dans le mot. On réservera l’écoute à ces moments où, en proie aux émotions négatives, il importera de les mettre à distance.

How, douzième et ultime morceau de l’opus, fera danser. Doté de touches exotiques mesurées, il fait lui aussi dans la finesse. Vocale, instrumentale aussi, en contrepoint du désenchantement que renvoie le verbe. Kevin Krauter s’applique, c’est audible, à bâtir des climats chatoyants, jamais inertes malgré leurs penchants “cotonneux”. On l’en félicite, son Full hand séduira une certaine frange du public mais risque à l’inverse de faire fuir ceux qui, en fidèles d’une pop-rock plus griffue, chercheront sans succès les écarts attendus. Ou au contraire de les convertir, armé de ses atmosphères sécures et enveloppantes.

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