Light Beams « Self help » (Don Giovanni Records, 31 janvier 2020).

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Trio de Washington ayant l’originalité de combiner rythmique live et chanteur également dédié aux samples, d’un bel apport, Light Beams trouve, avec cette formule singulière, un groove de tous les instants, irrésistible. Un peu fou aussi, c’est l’apanage des meilleurs, et qui ratisse large du point de vue styles et époques. Self help, son premier album, combine tout ça avec maestria. On pense à Soul Coughing pour cette dansabilité folle, les samples hyper imaginatifs qui nappent les essais, passionnants, des 3 hommes. Et comme chez Mike Doughty et consorts, on s’évertue à créer ce qu’on a en tête, bien loin de toute autre influence criarde. Du nouveau, tellement novateur, sans sonner forcé, qu’on ne peut que s’en enticher. Renegade ne nous laisse d’ailleurs pas le choix; il dépayse, la basse impose ses pulsions, la batterie l’épaule dans son embardée et les samples, décisifs, achèvent de faire de Light Beams le digne représentant d’un son nouveau. Ca fait du bien, c’est ce qu’on attend d’un rock (le terme est réducteur) qui très souvent sombre dans la redite. Ici, ça pulse en mode tribal, c’est à la fois festif et diablement remuant. On serait d’ailleurs bien en peine de définir clairement ce que jouent Arthur Noll et consorts; ce qu »on sait, ce qu’on entend, c’est qu’ils renvoient du génie. Sacred scales, entêtant, démontrant bien que l’excellence de l’amorce est amenée, sur le disque, à perdurer. C’est à la fois fin et énergique, nuancé et débridé. Here to help, au post-punk groovy, saccadé, nous en met d’ailleurs à son tour plein les mirettes.

Les sons régalent, le groupe joue avec et en invente des inédits. It’s been a minute, entre autres, illustre bien sa capacité à élaborer du neuf. L’allant et la déviance exubérante de Block rock, l’une des réussites les plus significatives d’une rondelle surprenante, forcent tout autant l’adhésion. Si les sources de Self help, multiples, sont issues du passé, c’est un peu une musique du futur, puisque encore non pratiquée, que le clan enfante. Rubberband, magie des samples aidant, sonne lui aussi comme un objet sonore non identifié. L’album, singulier, est de ceux qu’on rangera pas loin de soi, toujours prêt à être enfourné dans le lecteur. (I Don’t Believe In) Ghosts and Goblins, cinglé et vitaminé, laisse délirer les sons, encore une fois si bien trouvés. Il y a dans la mixture fumante du groupe des parties hip-hop ou funky, de l’exotique barré, du rock aussi nerveux que dansant. Flash-Bang Grenade nous conquiert, à l’instar du reste, par son brassage savoureux.

On reste ensuite, quand arrive Tear it up (je pense, lors de l’écoute, à un LCD Soundsystem doté de samples addictifs), dans l’énergie créatrice pure. Celle-ci est contagieuse, enthousiasmante, et ajoute à l’impact de Self help, d’autant plus méritoire qu’il n’est du, avant toute chose, qu’à la fertilité de ses géniteurs. On les en félicite; ils laissent derrière eux, avec ces 10 plages qui diffèrent de tout autre rendu actuel, un ouvrage tout sauf dispensable. Ce faisant, ils mettent un bon coup de fouet à la production musicale, affichent fièrement un registre rafraîchissant, et sonnent une dernière fois le tocsin de l’innovation avec Light Beams theme, sorte d’hymne du groupe placé au dernier rang comme pour entériner, s’il le fallait encore, la portée d’un p+++++ de disque.

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