Parmi les -nombreuses- dates attendues de la “Lune“, on a depuis longtemps coché celle des Nuits de l’Alligator. Celui-ci montre les crocs depuis 2006, il nous a permis de sacrées trouvailles mais aussi la possibilité, récurrente, d’entendre des “confirmés”. Le tout avec un plaisir sans cesse renouvelé puisque l’événement, audacieux, offre une large place à la singularité. Ainsi et pour cette date amienoise, en plus des royaux King Khan’s Louder Than Death, nous eûmes droit à Gliz, trio jurassien à la formule encore peu usitée. Jugez donc; tuba-banjo-batterie, chant en “surplus” et clavier épars, pour enfanter un “rock des montagnes” diablement prenant. Un swamp-rock dopé au banjo lui-même shooté à l’électricité, des attaques de tuba qui nous laissent baba, une douce folie doublée d’un sens du “malaxage” sonore et les bisontins raflent la mise, validant de surcroît la propension des Nuits de l’Alligator à susciter la découverte.

Fort d’un Cydalima (juin 2019) de choix, le groupe navigue entre blues, rock, folk rude d’un banjo qui se refuse à la soumission. Aussi avenant qu’explosif, son cocktail a du chien. Il ne sonne à aucun moment forcé; les gars ont l’art d’imbriquer leurs partitions, et leurs personnes, de manière pertinente bien que décalée. On incruste un doux psychédélisme dans le chaudron, l’élixir est savoureux et jamais sirupeux. A mess is gonna come, annonce l’un de leurs titres; pas faux mais ce bazar, à la fois rugueux et harmonieux, dansant et acide, d’ailleurs, sur le dit titre, se consomme sans modération aucune. Le leader de la clique doubiste investira d’ailleurs la foule, enthousiasmée par ce Bliz qui twiste (King from nowhere), lâche des riffs de banjo qu’on jurerait venus du Mississipi (The cave), te chope de temps en temps par le colbac pour te malmener amicalement. Et parvient, sans forcer et dans le plus grand naturel, à nous rallier à sa cause. Celle de la différence, de l’authenticité d’un rock pluriel et jamais fermé.

Le temps d’adjoindre le set à la longue liste de ceux vécus en ces lieux, l’attente commence. On peut voir King Khan, lunettes noires et slip à la Superman coqué et coquin, rondeurs apparentes, arpenter la Lune. On le sait prêt et désireux d’en découdre; il est pour cela bien entouré puisque les 2 énervés de The Magnetix, ainsi qu’un Spits, se joignent à lui pour une tournée qu’on pressent d’ores et déjà marquante. Le gig du soir va l’être: d’emblée le Canadien, avec humour et vérité, fait le show; il est justement chaud, son équipe l’épaule en défouraillant tous azimuts. Fort, à l’instar de Gliz, d’un opus conséquent, la dream-team garage nous met des coups de gourdin tour à tour…garage bien entendu, punk, bluesy, tout en plaçant ça et là une pincée de mélodies plaisantes. C’est du rock, assez rauque pour faire bouger nos frocs, concluant et troussé avec le savoir-faire de ceux dont le vécu et l’inlassable activité les mène à un rang élevé. Ceci au son d’un musique mal élevée, insoumise, qui nous en donne pour notre mise.

Un invité surprise prend part aux (d)ébats, ça n’altère en rien la teneur éminemment rock d’un concert intense, sans atermoiements ni errance superflue. Entre un explicite Long’n’wavy et son Suck my ass bien senti, si j’ose dire, punk à tous les étages, ce Born in 77 d’origine identique, les saccades d’un Stop und fick dich pas moins frontal doté toutefois de choeurs bubblegum, on prend des mandales en tendant volontiers l’autre joue. C’est éraillé, ça vire par moments vers une pop hérissée, c’est en fait exactement ce que nous sommes venus quêter. Ca fonce et ça défonce, ça jure et en qualité ça perdure. C’est joué d’une traite, le gars n’est pas traître: il insère même un reggae dans son live débridé, se sert du rock’n’roll pour balafrer le blues et inversement. Nous voilà revenus en 77, la gouaille est punk. Elle se fend de brèves douceurs, Chief sleeps in park en est dénué mais bien disséminées, elles ornent joliment l’oeuvre d’un quatuor tout en nerfs. Touche féminine aux tambours aidant, il va sans dire qu’on en ressort rincé mais refait. Le pogo est par ailleurs de mise, il illustre bien la force de frappe d’un groupe dont la tournée actuelle fera à l’évidence de jolis ravages dans les auditoires voués à la cause d’un King Khan’s Louder Than Death au nom bien choisi.

Photos William Dumont
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