In Red “Brute Art” (7 février 2020, InRed Productions)

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Groupe d’un Pat Griffiths dont le parcours plaide en sa faveur (j’ai, souvenir marquant, récemment lu son nom dans mon passionnant “Carnets noirs” sur la scène francophone gothique, électro et industrielle; avoir fait partie de 23 Skidoo ou Baroque Bordello, c’est pas rien Emilien!), In Red a d’ores et déjà acquis une belle crédibilité avec son premier album, Just About Anything is Possible, sorti en mai 2018. On y trouve, la surprise est belle, un rock à la pop séduisante, ou l’inverse, joué avec style et panache, qui se permet quelques sorties arty en demeurant, de façon systématique, construit et accessible. Et, on ne le négligera pas, séduisant au possible. Normal au vu de l’intitulé, mais fortement égayant à l’écoute.

Avec Brute Art, on revient à des formats moins errants, plus directs, en un mot plus rock. On garde la qualité, on louche côté brit-pop; un Damon Albarn n’aurait d’ailleurs pas désapprouvé le chant, ni les envolées pop britannisantes qui jonchent le disque. On riffe, néanmoins, ardemment: c’est d’ailleurs le propos de l’excellent Walkabout qui se charge de tirer le premier boulet. Pat y chante presque comme Iggy, le début est enlevé et juteux, inspiré. Et si La di da s’en tient d’abord à une structure pop posée, embellie par les chants unis, il n’omet pas, sur son second volet, de s’enhardir et de groover comme sait le faire un Baxter Dury. Beautiful girl, qui fait galoper la pop, lui donnant ensuite et itou un côté griffu qui en abîme l’élégance avec à propos. Si Brute Art est beau, il pique aussi, et ne manque pas d’allant. Sur le titre en question, il lâche d’ailleurs quelques riffs à la saturation que personne ne rejettera.

Brute Art

Publiée par InRed sur Mercredi 1 janvier 2020

Joyeux, l’auditeur bouge ensuite son crâne au son d’un Pink cloud island pas loin du punk-rock, dont les guitares défouraillent et les choeurs sucrent le pudding. On joue alors un solo bref autant que profitable, qui instaure une dynamique rock’n’roll assumée. Bien entouré, Griffiths s’appuie sur ses acolytes (nommons-les car ils le méritent; on bénéficie ici des interventions de Guillaume Tirard– bass, flute, backing vocals, percussion, Stephane Meunier– guitars, François Accart– drumming, backing vocals, percussion, et Anne Lisbet Tollånes– keyboards, backing vocals, percussion). Ces trublions nous régalent d’une pop racée très anglaise (l’éponyme Brute Art, qui par ailleurs raconte la rencontre du chanteur d’InRed avec Malcolm McLaren lors d’une initiation haute en couleur de l’iconique démiurge punk à ce “Brute Art” qu’est la sérigraphie ! ), et font preuve d’un bel ensemble. Entre classe britannique d’une pop pas niaise et incursions plus franchement rock, ou en mettant la première dans les bras du second (The darkness), In red joue dans le rouge bien que tiré à quatre épingles dans son accoutrement.

Avec Omnivore, on est presque dans la psych-pop bourrue, stylée aussi (tiens, c’est décidément une habitude, maîtrisée, de marier le brut (Brute?) et le beau). Mais le disque est court, on touche à son terme. C’est tout sauf un inconvénient, car rien n’y est mauvais. On reprend une gorgée de pop fine, mais batailleuse, quand se présente Lion’s share. Le dosage, j’insiste, est parfait. Comme si la feutrine adoucissait la bure, ou le contraire. Mais de façon récurrente, c’est malgré tout l’énergie qui prévaut. Elle porte d’ailleurs Maximum escape velocity et ses notes funky, dernière chanson concluante avec ses “tou-lou-tou-toouu” exquis et ses hausses rythmiques, ses volutes de claviers et sa dansabilité à laquelle on ne résistera pas. Ca fait beaucoup de choses, positives, à porter au crédit d’un groupe qui, avec ce disque fringuant, valide sans faiblir un instant son premier jet sans déchet. Le tout agrémenté d’un poster conçu par Romain Rachlin, le graphiste fétiche du groupe, et sérigraphié dans les règles de l’art par Pat Griffiths.

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