Julia Bondar « Top hits » (Unknown Pleasures Records, 5 décembre 2019).

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Ukrainienne basée à Barcelone, « électronicienne », singer et songwriter, Julia Bondar se met en tête, par le biais de sa musique, d’illustrer la vie underground de « l’après-minuit’. Top hits est son 2ème album, Blck Noir l’ayant précédé en septembre 2018 (certains de ses titres figurent d’ailleurs sur Top hits). Il lui a donc fallu peu de temps pour récidiver et si j’avoue ne pas connaitre son ouvrage initial, force est de constater qu’elle est bien loin d’échouer, ici, dans son entreprise. Parfaite à écouter « in the dark », et passé une certaine heure, elle « colore » si on peut dire Top hits de ses reflets club bien souterrains. Les claviers y règnent, froids et insistants, la voix y est éparse mais décisive quand elle pousse la chansonnette (un excellent Trivial). Avec Concrete, c’est bel et bien un trip nuptial et nébuleux qui se déroule, d’obédience électro, synth-wave aussi, aux sons aux conséquences psychotropes avérées. Alors qu’In my neighbourhood, qui semble en être la parfaite extension de par son climat et ses boucles en boucles, nous enfonce encore un peu plus loin dans le monde nocturne.

La vêture sombre de Bondar lui sied parfaitement, elle donne un noir relief à Top hits et Moon in Sagitarius conclut une forme de trilogie instrumentale qui ne trompe pas sur la direction prise. C’est alors que Fleurs du mal, qui fait étalage des mêmes nappes cold, dévoile une voix en clair-obscur que l’étayage, fait de bruits fugaces et acides, épaule en zébrant efficacement la palette présentée. On l’aimerait plus fréquent, ce chant; il est de taille et nettement à la hauteur. Pourtant, Broken elevator s’en passe sans que cela ne l’atteigne. Plus remuante qu’en début d’album, sa trame n’en est pas moins opaque et enveloppante.

En outre, Julia fait tout sur son disque, excepté le mix et le mastering qui échoient à Gael Loison des indispensables Maman Küsters, signataires d’un énorme Sous La Peau De Maman Küsters en janvier 2016. On est par conséquent dans une union qui ne peut que fonctionner. Intermezzo, comme une sorte de brume dans le noir total, accentue la sombre épopée. Le rythme lent mais implacable des machines, à la carapace indus mesurée, fait son effet. On tâtonne dans l’obscurité au gré des sonorités qui nous entourent, on erre avec délices dans un univers accueillant en dépit de ses ténèbres. 10th floor, sans jeu de mots douteux, ne nous fera pas redescendre. Queer, épais, non plus. Dans l’incapacité à résister, on se laisse alors porter.

Avec Hail, c’est à nouveau une trouée dans la nuit, le bout du tunnel qui ne fait que se faire entrevoir, dont le morceau donne l’impression. Captif d’un monde singulier, l’auditeur profite ici de sonorités légèrement plus enjouées, qui confirment le sentiment d’en arriver au terme de l’aventure. Un chant brumeux et pourtant affirmé, sur Fame, accompagne la phase de réveil. On émerge à la fois difficilement et de façon alerte, poussé par la cadence vive de l’ultime essai. On retentera l’expérience, unique et absorbante, dont la terminaison se pare pour le coup de décors de fin bruts et « secouants », comme pour nous contraindre à sortir d’une délicieuse torpeur.

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