The Somnambulist “Hypermnesiac” (Slowing Records, 7 février 2020).

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Clan berlinois, The Somnambulist en est avec Hypermnesiac à son 4ème album. Sous la houlette de Marco Bianciardi (chant et guitare), il y renouvelle un rock qui, s’il se veut pétri de style -l’organe du leader délivrant un velouté-rude-racé du plus bel effet-, est bien loin de manquer d’envergure ou de caractère. Je me souviens alors que j’avais grandement apprécié Quantum porn (mai 2017), sorti lui aussi sur le label du groupe, Slowing Records. L’effet est le même, par voie de conséquence, avec Hypermnesiac. Ce dernier voit Bianciardi se distinguer d’emblée; Film, élégant et atmosphérique dans un premier temps, gagne ensuite en ampleur, magnifié par le chant. Son climat s’assombrit, allégé par de jolies notes de piano. Sa mélancolie griffue gagne, bien vite, l’auditeur. Le disque démarre fort, entre beauté et élans plus drus.

No sleep until heaven, après cela, retranscrit la rage feutrée d’un Nick Cave. Toujours dans la feutrine, sous-jacente, The Somnanbulist joue un rock nerveux, qu’il entoure de notes stylées, rugueuses dans leur attrait. On balance avec allégresse, en l’occurrence, des sons stridents et déviants. L’effort dure 7 titres, ça peut paraître court mais chaque partie le constituant vaut sa palanquée d’auditions.

Ainsi l’allant de Doubleflower, finaud mais enlevé, cold et derechef fin dans le chant, force l’admiration. On est bien loin, avec The Somnambulist, de s’endormir et eux ne le font pas sur leurs lauriers. Investis, passionnés -ça s’entend et c’est une évidence-, ils troussent un superbe ouvrage. On y trouve tout à la fois classe, rage, intensité, science du détail et du son qui étaye. Les dérapages bruitistes-psyché du dit morceau sont d’ailleurs merveilleux. No use for more permet dans la foulée au groupe d’instaurer une nouvelle ossature où magnificence, vivacité rock et décor soigné cohabitent. On prend un plaisir non feint à l’écoute. At least one point at which it is unfathomable, lui, ne dérange que par la longueur de son intitulé. Génial, il offre une ambiance jazzy encanaillée. Et des secousses un tantinet noise, bien incluses dans le tout. De format étiré, il breake, retombe et trouve son terme.

Dans ses pas, Tom’s still waiting se drape lui dans un rock funky et subtil, saccadé. Nerveux aussi, de par ses riffs secs à la…Sloy (les “vrais de France”, avant toute chose, comprendront). La voix, entre crooner et rudesse rentrée, brille à nouveau. Noyé dans les eaux de l’excellence, Hypermnesiac s’achève dans une étoffe jazzy instrumentale qui oscille entre fausse quiétude et coups de sang (Ten thousand miles longer) . Le tout renforcé par des cuivres “en couple” avec les guitares et la rythmique, pour un final époustouflant, aux directions changeantes. A l’issue d’un album lui aussi bluffant, dont la durée restreinte n’est en aucun cas une entrave.

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