Ida Sofar “Mind” (16 avril 2018, Atypeek Music).

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A l’heure où se prépare un Ep, il ne sera pas superflu de revenir sur l’effort initial d’Ida Sofar, auteure sur ce Mind d’un blues orientalisant, intense, appelé à laisser des traces dans les esprits. On parle aussi, à son endroit, de noir rock (pas faux, notamment à l’écoute par exemple de Gold men qui se vêtit également de motifs dépaysants estimables) ou d’oriental new-wave. On trouve un peu de tout ça, mais il est avant tout évident que la dame installée à Paris s’affaire à créer sa propre affaire. Et c’est ce qu’on préfère, d’autant plus qu’elle y est à son avantage (j’aurais pu dire “à son affaire”).

Tiens, elle use du Français, bien sombre, sur La chair (the flesh). On ressent, de suite, une tendance réjouissante à bâtir des pièces gris-noir, racées, souvent menaçantes et semblant être sur le point d’imploser…sans que cela ne survienne. L’éponyme Mind, placé aux premières loges de l’EP étendu, aura de toute manière propagé ses pulsions blues tourmentées, son atmosphère affectante aux sons viciés, pour nous prendre dans sa nasse.

C’est indéniable; il y a sur ce Mind une patte, au velouté très trompeur. O love, qui arrive au mitan de l’essai, nous refile lui aussi de la tension, bridée, et du son inquiétant à tout-va, avec d’autant plus de force que ceux-ci se répètent. Tout ça me fait songer à Dickybird ou Heliogabale pour les penchants pénétrants tenus. C’est dire si le disque vaut le détour, agrémenté qu’il est par ses sept pierres parfaitement cimentées. Vocalement, on dispose d’un relief certain, d’un registre qui colle aux climats édifiés. New name, cold, emmène à son tour l’auditeur et lui fait subir une pluie de sonorités le portant hors de sa zone de confort. Rythmiquement, il est de plus vif et changeant.

Sans en faire des tonnes, en usant d’un Esprit (elle était là aussi facile) fertile, Ida Sofar captivera celui qui se sera investi dans sa production. Blood, lancinant, lui donne un noir éclat. Des notes d’orient se font entendre, donnant la sensation qu’Ida, dans son Paris de résidence, s’est imprégnée de la pluriculturalité de sa ville. Ce qui en résulte, on ne pourra le nier, est étincelant jusque dans les recoins les plus dark. Le foklore inventé ici est personnel, Chainsaw y dépose une ultime touche dont émerge une classe vocale à la Elysian Fields, dans un même air élégant et obscurci. Ce Mind de caractère, on en est sûr, fera naître l’envie de découvrir plus en avant les sorties, lives et discographiques, d’une Ida Sofar au territoire sonore sacrément attractif.

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