Lieu décalé, où sont joués pour une somme modique des sets hors-sentiers, l’Accueil Froid de la Rue Sully, à Amiens, est un incontournable. Précieux pour celui qui, appréciant la différence, jette son dévolu sur des formations à l’univers souterrain, expérimental, éloigné des canons habituels du monde musical, il accueille à intervalles (très) réguliers des soirées permettant la plupart du temps à 3 ou 4 groupes de s’y produire.

En ce mercredi soir, le local y était à l’honneur avec Pierre et le Lou, duo de frangins amienois membres de multiples projets mais faisant corps, en l’occurrence, pour la cause de Pierre et le Lou. Avec dans leurs cordes des sons cold, mâtinés de surf-music, les 2 jeunes aux aptitudes évidentes s’échangent basse et guitare à l’envi, jouent des morceaux nés de leur force créatrice, accrocheurs autant dans l’option instrumentale que lorsque le chant de Mario, épars, s’invite à la fête grisée. A l’image de ce qu’ils font ailleurs, ces deux-là s’entendent sur scène comme larrons en foire et assurent une imprenable qualité. Guitares cristallines et basses froides, trames lancinantes ou plus vives, sonorités à la Motorama, combo de Rostov sur le Don auquel je pense fréquemment à l’écoute de Pierre et le Lou, voix en Français dont la simplicité fait mouche: une brochette d’atouts permet aux deux jeunots de se distinguer.

Le cadre de l’Accueil Froid sied de plus au groupe. Les frères y ont d’ailleurs déjà joué avec Last Night We Killed Pineapple, leur formation “principale”, et ont ce soir pour spectateur attentif Charles, leur guitariste au sein de la dite formation, et quelques autres “faiseurs de son” dont ceux des excellents Mercure Express. On les suit donc en saisissant chaque occasion de les voir évoluer, le set du jour nous apportant la preuve, une de plus finalement, que Pierre et Mario détiennent des compétences de bonne augure quant à la poursuite de leur route musicale.

On attend alors les Lyonnaises de Tôle Froide et non seulement l’attente sera courte mais elle sera récompensée, conformément à nos espoirs, par un concert de haute tenue, court certes mais crédibilisé par une série de morceaux punk lo-fi loin d’être aussi dérisoires qu’il n’y paraît. Les Rhodaniennes ont des choses à dire, elles le font bien en usant d’humour et leurs morceaux, portés par la rythmique et des synthés qui les font s’emporter en les nappant avec habileté, les démarquent. Entre chants sucrés et instants d’emportement, sur des bases aussi simples que porteuses, Tôle Froide impose à son tour un style à part, issu du DIY et réjouissant de bout en bout. Ce qui aiguise l’envie d’aller fouiner dans ce que font les trois dames, visiblement cohérentes sur les planches. Le public, enthousiaste, demandant même un rappel qui aurait prolongé le plaisir, vif, de les voir et entendre jouer. Merci à Tôle Froide, donc, pour ce moment plutôt…chaleureux et en tous les cas plus qu’agréable.

Le moment est donc notable, l’endroit mériterait une fréquentation plus poussée mais on retiendra avant tout l’audace et la qualité de la programmation. On y fait des découvertes décoiffantes, on y voit des espoirs du coin avec grand plaisir et on s’y frotte à une palette de styles ouverte, jamais conventionnelle. L’initiative est assez estimable pour être saluée et en ce sens, on ne saurait que trop conseiller aux adeptes de musiques singulières, plus nombreux que supposé, de s’y rendre sans oublier, s’il s’agit pour eux d’une première, les 2 minuscules euros nécessaires à l’adhésion.

Photos William Dumont.

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