On les savait capables des meilleurs coups, les Picards Arnaud Broucke et François Dereux ont pour l’occasion fait fort en attirant dans leurs filets Dirty Deep, strasbourgeois garage-blues comptant parmi les fleurons hexagonaux, que j’avais vus, impressionnant(s) en solo, au Celebration Days 2012 puis sur ce même festival plus que recommandable en duo (pour l’édition 2013 si mes souvenirs ne me trahissent pas). Mais aussi, prouesse qui valut aux 2 nommés de cet article les remerciements de bon nombre de rockeurs d’ici et d’ailleurs, Jim Jones & the Righteous Mind. L’un et l’autre se connaissant bien puisqu’embarqués actuellement sur une tournée commune, en atteste le joli t-shirt à leurs noms respectifs disponible au merch en ce jeudi soir. Le tout dans le cadre classieux du restaurant l’Adresse, et plus précisément de la salle Jules Verne qui depuis peu accueille du live. Des Private Sessions plutôt folk, Louis Aguilar, par exemple, y ayant dernièrement posé ses valises en compagnie de Stella Donelly. Tout comme, récemment, François Long et son rock à la Bowie.

En l’occurrence donc, le registre fut bien plus rude et en trio cette fois (notons que pour un tel line-up, la place était à tout juste 8 euros), Dirty Deep nous a gratifiés d’un set roots, d’un impact définitif, en formation rodée, dopée dirai-je même, à la scène. Blues, garage, élans rock’n’roll se tirent la bourre, un harmonica s’incruste dans ce réjouissant tumulte pour accentuer la touche “rétro” et disposant d’ores et déjà d’une collection inattaquable de morceaux millésimés, les Alsaciens font un carton. Je les attendais, nous les attendions, et ils sont au rendez-vous, plus affûtés que jamais. L’assistance réduite à une jauge minimale, ce qui permet une réelle alchimie entre groupes et public, en prend plein les mirettes.

Je n’en suis guère surpris. Dans la foulée d’un Tillandsia, dernier album en date, ou de l’inénarrable What’s flowin’ in my veins, Dirty Deep joue rude et dirty, affiche de la maîtrise et finira d’ailleurs son set devant la scène, mêlé aux spectateurs, un peu comme au Celebration Days d’ailleurs où ces derniers l’entouraient de toute part. Proximité, jeu sans courbettes, cohérence groupale sont de mise. Ca donne envie, tout ça, d’aller s’offrir des disques, ou un t-shirt, au stand situé à gauche de l’espace scénique. Chapeau bas messieurs, ce fut magistral et la route est bien dégagée pour Jim Jones et son Righteous Mind, à l’accoutrement rock’n’roll très classe.

L’attente -courte, on en remerciera l’orga-, va déboucher sur un “gig” tranchant, sonique, orchestré par l’ex-Jim Jones Revue et, plus anciennement, Thee Hypnotics. Charismatique, armé lui aussi d’une brouette de titres exécutés sans manières, dont un Boil yer blood phénoménal, Jim Jones et ses acolytes mettent le feu, dans une lumière rougeoyante qui leur sied parfaitement. Guitares sauvages, chant aiguisé par des années de présence, cinglant, claviers aux motifs prenants et rythmique tout terrain s’acoquinent. A volume très élevé, les londoniens démontrent qu’ils ne sont pas venus pour rien. La ferveur est visible, tant au sein du groupe que dans une foule locale où l’on peut apercevoir les dignes “représentants” des différentes structures du coin liées au rock; le vrai, celui qui, authentique et joué en rangs serrés, suinte la sincérité. L’indépendance aussi, doublée d’une attitude “wild” et d’une prestance de tous les instants.

On se regarde, marqués, en se disant qu’on assiste là à un moment privilégié. Jim Jones et ses hommes de main à Amiens, qui plus est dans un tel lieu, c’est au départ improbable et pourtant…

C’est bel et bien lui, entre rock’n’roll chauffé au fer rouge, blues, psychédélisme et rock ayant les crocs, qui après plusieurs décennies tient encore le choc comme au premier jour. La tension retombe très peu, elle se nuance sur les morceaux plus tempérés mais de façon récurrente, c’est ce rock mordant, racé, qui prévaut. Super natural et ColleçtiV, les 2 opus studio du groupe, trouvent en live une interprétation de choix. On est dans le cousu main rock’n’roll, dans l’univers d’une formation qui ne triche pas et privilégie le réel, le jeu enflammé, à toute forme de fausseté. On n’en rate pas une miette, il faut en outre se protéger les écoutilles car le niveau, dans les enceintes, est excessif bien qu’audible. Ca n’empêche aucunement, cependant, le bonheur, total, d’entendre et de côtoyer, à pouvoir les toucher, des musiciens sacrément à leur avantage dès lors qu’ils foulent les planches. Avec, cerise sur le gâteau, l’originalité de faite trembler les murs d’un lieu dont on n’aurait en aucun cas imaginé, à la base, qu’il accueillerait un tel choc rock.

Photos William Dumont.