Swordplay “Paperwork” (Dora Dorovitch, 12 septembre 2019).

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Discographiquement actif depuis 2005 et un EP inaugural, le rappeur Swordplay “from Berkeley” a pour habitude de mêler, adroitement, hip-hop et électro. Fort de plusieurs sorties donc, qui au fil du temps s’aiguisent, il nous gratifie d’un Paperwork bien ouvragé. Un Time for law introductif de poids, sombre et scandé, inaugurant les débats. Swordplay sait faire, des scories un brin shoegaze ornent par ailleurs l’amorce de son disque. Il y met, déjà, une certaine intensité. Le plus vif, dans la cadence, I Barely Know How to Dress Myself le maintient dans des recoins obscurs, depuis lesquels il déclame rageusement. Soniquement, derrière son flow, il y a de façon évidente une recherche porteuse. S’il tempère de temps à autre l’arrière-plan, c’est pour mieux, l’instant d’après, le faire pulser.

Musicalement, il fait mouche avec les touches dépaysantes de Soviet television. Asséné, le morceau entérine le bien fondé de son orientation. Paperwork, de plus, a le mérite de narrer le parcours hors-normes de Swordplay, diplômé en tant qu’avocat sans pour autant avoir remisé sa carrière artistique.

Il y inclut même, parié à la verve hip-hop, le vocabulaire juridique sur un essai varié, parfois apaisé tout en conservant un enveloppe “grise” (Brzowski’s Interlude). Stylistiquement, il pioche côté folk sur l’épris de beauté Oh, Sila, mélancolique. Ses penchants plus lestes font leur retour dans la foulée, avec Creature of the 80’s et ses saccades rythmiques. Parallèlement à cela se développent des atours plus aériens. Nuancé, le travail de Swordplay n’en est que plus équilibré à l’arrivée. Rabbits in the hole se fait jazzy, subtil. Plutôt céleste, il contient aussi, en fond, des motifs acidulés.

La fin d’album, quant à elle, présente un I am not a psychic qui groove. Diction à la Swordplay, soutenue, et ornement feutré s’associent. Une fois de plus, l’Américain secoue dans ses encarts “nuageux”. Je le préfère, pour ma part, dans ses options directes, soniques et “remontées”. Mais il faut lui reconnaître un impact certain, un savoir-faire affirmé, une musicalité qui l’honore et un flow qui, loin de raconter du creux, génère l’intérêt. Son essai trouve son terme au son de Free refills, agrémenté par des voix féminines. Au terme d’un effort de belle facture, à l’authenticité validée par son appartenance au label hexagonal Dora Dorovitch.

Bandcamp Dora Dorovitch