J’aime le lieu, ce Mic-Mac aux airs de chapiteau underground posé à côté de l’inénarrable Briqueterie Amienoise. Par conséquent, j’accroche “sévère” aux événements qui s’y tiennent et la Cuvée des Celtes, rien qu’à son intitulé, m’a donné l’envie d’en être. Organisée par Celticrockfrance Asso, ce festival regroupant 5 combos géographiquement proches n’a pas failli, loin s’en faut. Alliant rock aux atours celtiques ouverts (Fringale et son rock français vigoureux, festif mais hérissé; The Moorings et leurs élans alternatifs zébrés de folk) et formations aux reprises cinglantes (No Code No Name pour honorer Pearl Jam, Bombtrack pour distinguer Zack de la Rocha et les siens et avant cela, Elixir 003 et ses reprises convenues mais énergiques), la Cuvée s’est avérée suffisamment enivrante pour qu’on en reprenne, avec plaisir, de grandes lampées.

C’est personnellement à la Saint Rieul que j’attaquais la soirée et après quelques fraîches gorgées, Elixir 003 ouvrait avec quelques covers un peu trop prévisibles (Nirvana, Téléphone etc…), ce qui ne l’empêche pas d’imposer une vigueur, et un jeu, plaisants. On se plaît, ne le nions pas, à entendre des standards mais on regrettera leur prédominance. Tout en braillant, à l’occasion, les paroles de certains des titres mis en évidence par le groupe samarien.

De reprises, il sera aussi question avec No Code No Name, qui en trio serré et percutant convoque les 90’s et la scène de Seattle, Eddie Vedder (ici rebaptisé en Eddie Venner) et consorts en première ligne évidemment. C’est bien joué, le registre est solide, rock, grunge, cela va de soi, et m’a refilé l’envie de me remettre, dès mon retour “at home”, le Ten et le Vs des intéressés. S’il s’agit de réinterprétations, on saluera l’initiative de Sam et ses 2 complices de s’attaquer à un tel répertoire. Il ne me manque que “Go“, pour faire la fine bouche. Mais Alive, Corduroy, Rearviewmirror, par exemple et entre autres, ou encore Alive et Even flow, me font vibrer. Et je suis pin d’être le seul.

On est en terres 90’s, on y reste avec l’impressionnante prestation de Bombtrack. La tension, déjà optimisée par No Code No Name, monte d’un cran. L’assistance danse, Yoann Dubois et ses acolytes jouent avec conviction une série de morceaux percutants, révoltés. Jugez donc: Killing in the name, Testify, Bombtrack évidement, pour faire court, font remuer mon pantacourt. Les musiciens communient avec la foule, conquise, et la mettent à contribution. C’est le feu, un peu comme sur la pochette du premier essai légendaire de RATM. On a les écoutilles qui frétillent et dans le même temps, on laisse libre cours au lâcher-prise.

Ce n’est toutefois pas fini, loin de là. A l’issue de ces lives magistraux, Fringale va satisfaire notre appétit. Appétit de son, de riffs, de singularité. Il y en a ici, où chanson rock et punk irlandais s’acoquinent sans planter. Un violon épice le tout, exécuté avec un allant qui permet au groupe d’Argenteuil de gagner l’adhésion de tous. La Cuvée est de qualité, on passe de plus de reprises bien senties à des compositions, s’agissant de Fringale, conçues avec adresse. Pas besoin d’aller jouer dans des stades pour faire sensation: les lieux intimistes, tel le Mic-Mac, favorisent le rapprochement et permettent de vivre les concerts pleinement, dans la fusion avec les groupes ayant le bonheur de fouler les planches.

Ainsi, The Moorings “from Sélestat” mettront fin aux festivités avec brio, forts de chansons “alterno-folk” à la fois stylées et remontées. Ici, c’est un accordéon qui décore les morceaux; on pense parfois à ces groupes maritimes qui fleurent bon la mer, les fins de soirée arrosées, le folklore du bord de mer, les embruns qu’on encaisse avec délectation. La conclusion est puissante et probante, elle laisse des traces sonores qui rendent heureux. On fait une découverte de choix, c’est aussi le propre de ce type de festival. L’asso CelticrockFrance a réussi dans son entreprise, à l’image d’une prog’ et d’une organisation sans failles synonymes, de surcroît, de rencontres fort plaisantes.

Photos William Dumont.