Toth “Practice magic and seek professional help when necessary” (10 mai 2019, Figureight Records)

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Projet d’Alex Toth, suite à des épreuves ayant amené ce dernier à se “retirer”, retranché dans une douloureuse solitude, Toth se nourrit de ce mal pour, avec une beauté qui contraste avec la douleur éprouvée, créer ce Practice magic and seek professional help when necessary qu’on qualifiera de pop-folk, taillé dans une étoffe mesurée et souvent (trop?) posée. On le saisira vite, c’est le ouaté qui domine largement les débats. De sa voix ténue, Toth enjolive des morceaux pop avec un soupçon de lo-fi, audible dès Down for the count qui ouvre la marche. L’album s’anime quelque peu sous le rythme de Song to make you fall in love with me, mais on reste dans la douceur, dans un chant sensible qui, encore marqué par l’épreuve, semble filtrer timidement.

Il a pourtant du relief et de l’émotion, il s’avérerait même par moments joyeux malgré l’allégorie du contenu. Ca et là, des plages gentiment animées, telle Copilot et ses sifflements, rajoutent du beau dans le mal.

On s’ennuie toutefois, à l’occasion, un peu; ça décolle peu ou prou. Malgré cela, on reste pour la patine des chansons, leur ombrage, leurs petits motifs bien choisis. Les cuivres, aussi, qui parsèment par exemple Picture of you. Officiant à la tête d’un projet punk, Alexander F, à l’origine d’ailleurs de sa blessure, Alex Toth n’en donne que plus de sens, encore, à ce projet éponyme qui tranche avec la vigueur dudit projet. Apaisant -c’est peut-être ce que son auteur y cherche-, il fera du bien à qui l’écoutera sans en décrocher. Dépouillé, il sonne de ce fait sincère, sans rajout ni complainte par trop émotive.

Il y a là, donc, une accroche, une unité. Guts to fly fait briller le chant, le jeu de guitare aussi, et se pare d’un rythme discret, épars. On n’ira pas plus loin; Toth fait le boulot avec mesure, sans jamais en remettre ne serait-ce que la moitié d’une louche. On espère le sursaut d’énergie; il vient, un peu, avec Sentientiment dont la cadence est plus “vive”. Derrière, l’ornement demeure folk mais bien tissé. Tout ça est beau, vraiment élégant, mais peut-être trop bridé. Blessing song accroche avec ses notes répétées, on lâchera un bâillement tout en restant dans l’écoute d’un disque enveloppant, chaleureux dans le malheur qu’il dévoile, qui s’achève aussi posément qu’il avait débuté.

Photo Michael Leviton

Site Toth