Niché dans la “nature urbaine”, en un lieu parfaitement seyant (le Mic-Mac, joli chapiteau itinérant planté à deux pas de l’illustre Briqueterie), le Cordon blues Festival amienois tenait ce mercredi 8 mai sa seconde édition. Absent de la première -c’est un tort et l’événement allait me le confirmer-, j’étais d’autant plus impatient d’en découvrir le contenu, alléché que je fus par l’affiche proposée.

Jugez donc: The Shazzams, combo “Roots garage rock, blues psych” en amorce, constitué de membres aux provenances diverses mais basés à Paris; DC Snakebuster, one man band belge boogie roots rugueux et authentique. Et pour conclure une soirée de taille XXL, le rock enragé de The Jancee Pornick Casino, situé à Cologne, en Allemagne donc, mais incluant des musiciens…russes et américains! C’est dire la saveur du cocktail, sulfureux, que Justin Houser, dandy punk à la passion palpable, et ses acolytes allaient inaugurer avec brio. Chez eux, on joue et c’est tout ce qui importe. On touche au rock, on passe par la classe d’un Nick Cave, on fait des clins d’oeil rétro et tout ça tient debout magnifiquement. Une contrebasse amène un groove fou, le registre est large et constamment attractif. Elans bluesy, touches surf, incartades country; c’est un festival sonore et stylistique que The Shazzams nous offre. C’est fin et rude, ça respire la vérité, l’absence de frime, le son de tout premier ordre.

La soirée est magistralement lancée, le Mic-Mac porte bien son nom car ce soir, il illustre bien la formule des groupes invités; un bric à brac sonique des plus enthousiasmants. Que DC Snakebuster, à l’allure d’un vétéran revenu de tout, va à son tour honorer en débutant par On the road again, histoire de nous mettre dans les meilleures dispositions, avant de nous secouer classieusement à grand renfort d’harmonica, de guitares blues-rock imparables et de batterie basique. Le tout surmonté d’une voix d’époque, sans fausseté aucune, pour un rendu énorme. C’est endiablé et ça nous endiable, le public va d’ailleurs s’agiter follement à l’écoute de ce set joué par un gaillard aussi intègre que le groupe qui l’a précédé.

Arrive alors The Jancee Pornick Casino, à la force de frappe ébouriffante. Un groupe dingue, à la force de frappe ébouriffante, qui lui aussi parcourt un spectre musical étendu. Et avec un brio de folie. L’énergie de Jancee Warnick et ses compagnons rafle la mise, c’est un final de tout premier ordre qui s’offre au public du Mic-Mac. Les “Rasputins of rock” jouent aussi sur l’alliance des 2 chants, différents, et propulsent un rock teigneux, que des plages rockab’ encanaillent. On finit dans le bazar, les bonshommes balourdent des morceaux qui, s’ils s’avèrent percutants, renvoient aussi beaucoup de finesse. Ca groove du feu de dieu, blues et country s’invitent aux débats, loin d’être sages. La découverte est fabuleuse, la conclusion plus que concluante et le Cordon Blues, fort de cette affiche passionnante, gagne du galon. Dans l’attente d’un #3 qu’on pressent déjà, vu le contenu de cette année, perché sur les cimes musicales.

Photos William Dumont.