Les Négresses Vertes, flamboyantes, conquièrent Abbeville et son superbe théâtre (Abbeville-80-, 7 février 2019).

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Le Winter Groove abbevillois est un incontournable. J’en veux pour preuve l’édition 2019, dans le sillage d’autres déjà marquantes. Celle-ci, en effet, faisait se succéder Hyphen Hyphen, Les inégalables Négresses Vertes, sujet de cet article, Murray Head et Sniper. Le tout dans un décor théâtral qui fait du bien à la rétine.

Abbeville est désormais, et depuis un bail, une terre de culture et d’ouverture. A l’image de ces Négresses Vertes encore très…vertes, qui résistent à l’épreuve du temps, et d’un concert de haute volée, à la fois magnifiquement “vieille France”, musette, rock, rock tranchant même, verbé, imagé, passionnant, “gitanisant”. A partir d’une Valse qui inaugure joliment leur emblématique “Mlah“, largement honoré par les concerts actuels puisqu’il célèbre ses 30 ans, le groupe a tout envoyé…valser. Avec en tête le souvenir d’un come-back déjà réjouissant (Rock en Stock, à l’été 2018), je fus pour ma part transporté par l’énergie, l’identité plus qu’affirmée de la clique emmenée par la fratrie Mellino, qui en plus de l’imparable opus valorisé par son retour, nous aura fait la surprise de titres furieux, dont un Père Magloire renversant.

Des “bonus tracks” merveilleuses, donc. Une synergie telle qu’on a parfois l’impression de se retrouver dans les late 80’s, foisonnantes, ou au début des 90’s. Un registre qui fusionne et rayonne. Une largesse musicale que peu possèdent, un Zobi la mouche qui fera à l’instar de nombreux autres autres morceaux brailler son bonheur à un théâtre plein à ras bord. Ritournelles d’accordéon, guitares sèches qui bavent l’authenticité, cuivres qui rendent ivre, communion avec une assistance très vite en station debout, dansant jusqu’aux derniers instants du temps, électricité rock salvatrice. N’épiloguons pas, le set de ce jeudi est une tuerie.

C’est pas la mer à boire, prétendent t-ils. C’est pourtant à grandes lampées qu’on en jouira. Quadras et quinquas sont aux anges, la jeunesse est pour le coup peu présente mais sa frange la plus ouverte finira par se convertir et adhérer. Elle se dépaysera avec Orane, oscillera avec L’homme des marais, et supportera allègrement La faim des haricots. Quant à la partie plus âgée, elle s’est déjà rassasiée, tout comme, appareil en main, j’ai pu figer avec jubilation tout un pan, énorme, de mon épopée d’oiseau de nuit live.

C’est beau, c’est du vrai, à l’opposé du chiqué et à Abbeville, à la Ville, on n’est pas là pour emmêler les fils. La programmation est brillante, fait place à l’inattendu (qui aurait parié sur la venue, par exemple, des Négresses Vertes??) et s’avère être, de façon constante, source de bonheur durable. Mention très bien, donc, à la cité sportive et culturelle du Ponthieu. Et salve d’applaudissements nourrie pour la date ici évoquée, qui m’aura sur le chemin du retour arraché quelques larmes issue d’une félicité impossible à contenir.

Photos William Dumont.