Makja, interview

0
472

Le 16 janvier 2019, Muzzart a rencontré le bordelais Makja autour d’un verre au pub The Stag & Loar de Talence pour parler de son premier album, Ne te retourne pas, sorti en octobre, de son parcours musical et de ses projets à venir. Bandcamp de Makja. Facebook de Makja.

Muzzart : Ce premier album semble correspondre à une envie de garder une trace d’émotions ressenties face à des événements ou situations particulières…

Makja : Le compositeur Mickael Bentz et moi avons voulu laisser une trace, oui. C’était important pour nous de faire les choses bien et de soigner ces moments d’émotions alors on a pris le temps de le faire. Cet album est comme un petit caillou blanc sur un itinéraire car je suis une trajectoire depuis quelques années. Avec cet album, j’ai eu envie d’aller dans une écriture plus symphonique et contemporaine et de laisser ces moments d’émotions sur un support.

Muzzart : Comment as-tu écrit et composé cet album avec Mikael Bentz?

Makja : C’est moi qui suis allé le voir au départ. Je le connais depuis mon passé hip hop parce qu’à l’époque, je samplais un groupe palois qui s’appelle Mygük, un groupe de rock progressif des années 90. Il était le compositeur de groupe et travaillait pour leur image aussi. C’est par ce biais-là que je l’ai rencontré. Cela a été une vraie rencontre humaine et artistique avec lui. Il a une façon de laisser vivre la musique qui m’a touché. Quand je lui ai proposé de travailler avec moi, il a accepté en disant que, par contre, il faudrait faire les choses jusqu’au bout et ne pas les faire à moitié. J’ai passé plusieurs jours chez lui et il a dessiné des lignes mélodiques au piano et au violon et j’ai tout de suite posé des mots dessus. C’est comme ça que sont nées les premières architectures des morceaux. Nous avions des maquettes piano/voix ou violon/voix et c’est à partir de ça que nous avons travaillé la chair des morceaux et les arrangements. Nous sommes partis de titres assez épurés pour arriver sur des chansons assez charpentées au final. Nous avons enregistré l’album au studio Cryogène à Bègles avec Guillaume Thévenin. C’est quelqu’un qui sait bien mêler les cordes à des choses plus contemporaines et avec qui j’aime travailler.

photo: Philippe Prevost

Muzzart : C’est vrai que tu viens du hip hop à la base. La première fois que nous t’avons croisé, tu faisais partie du collectif bordelais Il Faro…

Makja : Oui, je suis venu aux mots par le rap au départ. C’est ce qui a été le plus logique pour moi puisque c’était à l’adolescence alors que j’avais une énergie débordante. Je n’avais pas de musiciens autour de moi alors le premier réflexe a été d’utiliser des instrumentaux et de poser des textes dessus. C’est ce que j’ai fait pendant plusieurs années. Avec le temps, j’ai eu la chance de travailler avec des musiciens comme Xavier Barthaburu sur le titre « Un Camp » extrait de mon EP mais aussi Raphael Raymond et Solène Pougnet. Ils ont accompagné des mots dans des projets d’action culturelle. C’est par ces rencontres que s’est construit le projet Makja ainsi que mon envie de travailler avec des musiciens pour accompagner mes mots et mon interprétation.

Muzzart : Cela a donné une nouvelle dimension à tes live aussi comme on peut le voir sur une vidéo live du titre « Une bougie » filmée au Rocher de Palmer.

Makja : Oui, au départ, ce morceau était sur un EP en version quintet rock puis l’album a été réorchestré pour la scène et ce titre est devenu un trio guitare électrique/violoncelle/machines et clavier. Je voulais une formule efficace qui puisse garder la force et l’émotion du morceau mais sans avoir besoin de tout un orchestre symphonique pour le retranscrire. Ce sont Raphael Raymond et Maïe-Tiaré Coignard qui m’accompagnent sur scène et sur cette vidéo.

Muzzart : J’aimerais que tu me parles de deux morceaux de l’album en commençant par « Car née de doutes » qui a été le premier single.

Makja : C’est le premier titre écrit avec Mickael Bentz. Mon nom Makja est d’inspiration corse. Il signifie « le maquis » et je voulais faire un clin d’œil à ça mais en parlant d’un territoire interne plutôt. Quand on crée, on est en introspection avec ses ressentis et émotions et il y a des parts de soi que l’on trouve belles et d’autres qui nous effraient et j’ai eu envie d’illustrer ses routes et paysages intérieurs qui peuvent être faits de doutes. J’ai eu envie que le texte soit personnifié dans la nature corse alors je suis parti là-bas tourner le clip. Il a été réalisé par Karlos Mozaf qui était graphiste pour Il Faro et vidéaste pour Efforts de Conscience. On a sillonné l’île pendant une semaine pour tourner les images du clip.

Muzzart : J’aimerais que tu me parles ensuite du morceau qui a donné son titre à l’album « Ne te retourne pas » et qui apporte, je trouve, de la lumière à la fin de l’album.

Makja : Oui, c’est un vrai appel à la vie ce morceau, avec l’idée que la vie est devant, même si on peut perdre certaines personnes, et le fait qu’elles peuvent dire « même si nous ne sommes plus là, nous sommes en vous alors allez de l’avant! ». C’est l’idée qu’il est important de continuer à vivre, de courir et de ressentir. Quand on court, on ressent le vent dans les cheveux et la vie qui nous compose. Ce titre est né d’une envie d’écrire une lettre de remerciement à mes parents, qui sont toujours là, et je l’ai fait en me mettant à leur place et en me demandant ce qu’ils avaient pu vouloir me transmettre.

Muzzart : On retrouve ça sur la pochette aussi…

Makja : Oui, c’est un gamin qui court que l’on peut voir. C’est Karlos Mozaf qui a réalisé la pochette aussi. On ne sait pas si c’est un garçon ou une fille sur la pochette. On voit le logo de Makja : un M barré deux fois. La pochette a des couleurs automnales et c’est comme ça que je la voyais, mêlant de la nostalgie à l’appel de demain.

Muzzart : Et quels sont tes projets pour la suite justement ?

Makja : Peut-être des choses sous forme de singles avec de nouvelles esthétiques selon avec qui je vais collaborer et l’univers du musicien ou réalisateur rencontré. J’ai envie de nouvelles collaborations et rencontre plein de gens en ce moment. J’aime livrer des choses différentes. Je pense qu’on est tous multiple d’une certaine façon et j’aime ne pas forcément savoir ce qui va venir après dans la création. Ce que je trouve beau dans la création, c’est qu’on ne prévoit pas, tout comme on ne peut pas prévoir la couleur des yeux avant une naissance. J’explore beaucoup et il y a des surprises à venir très bientôt aussi!

Muzzart : On te connait aussi en tant qu’artiste engagé via des ateliers d’écriture par exemple. Est-ce que tu continues ce genre d’activité ?

Makja : Toujours ! L’écriture était un réflexe personnel au départ mais j’ai eu envie de partager ça ensuite. J’ai quitté la direction d’Efforts de conscience, ce qui signifie que je ne fais plus que de l’atelier et me suis re-concentré sur moi et mon projet artistique mais je garde toujours un pied sur le terrain. Garder ce style de contact est essentiel pour moi. Là, j’ai travaillé sur la ville de Pontonx et son service jeunesse mais aussi avec des éducateurs avec lesquels j’ai exploré la création d’une chanson pour que, peut-être par le biais des arts, ils puissent avoir une relation différente avec un usager et appréhender la rencontre humaine différemment. C’est important pour moi de faire ça et ça me prend beaucoup de temps.

Muzzart quizz :

Muzzart : Quel est le meilleur endroit pour écouter de la musique pour toi ?

Makja : J’hésite entre le tram et la rue… Je crois que le meilleur endroit, c’est celui où on oublie où on est. Cela peut être chez soi, dans la rue ou ailleurs mais se laisser porter par la musique et oublier qu’on est là.

Muzzart : Quel est le premier album que tu as acheté quand tu étais petit ?

Makja : Mes tous premier skeuds, je les prenais à mon frère. Il aimait Queen, Mickael Jackson, Police, ce genre de choses. A l’époque, on pouvait aussi acheter des fascicules cd + bouquin. J’avais acheté un cd de chants grégoriens comme ça quand j’avais une dizaine d’année. Ça me parlait ce genre de musique qui te fait oublier le temps et l’endroit où tu es justement. Plus tard, vers 16/17 ans, j’ai acheté des cds de rap, probablement Fonky Family ou IAM.

Muzzart : Pourrais-tu ensuite me donner deux noms d’artistes qui sont des incontournables pour toi ?

Makja : Je vais dire A Filetta, de la polyphonie corse, que j’ai découvert sur la BO du film Comme un aimant d’Akhenaton. Ils sont très ouverts et ont fait plein de choses. C’est une vraie émotion forte pour moi. Pour ce qui est des textes, j’ai envie de te dire Ferré et Nougaro : Ferré pour sa façon d’interpréter ses textes, on dirait qu’il revient de la mort parfois (rires) et il a un charisme très étrange, et Nougaro parce que j’aime son mordant et sa façon de rebondir. J’aime ce qu’il chante comme la chanson « Cécile, ma fille » qui est magnifique. Il a des phrases intemporelles et qui cognent.

Muzzart : et enfin ton dernier coup de cœur musical ?

Makja : Portico Quartet, c’est du jazz, et leur morceau « Dawn Patrol». On dirait une musique de film qui t’emmène loin.

Merci à Makja!