The Rebels of Tijuana “Asile” (2018, Le Pop Club Records/Echo Orange)

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Pour leur quatrième album et après des sorties où garage et yéyé voisinaient allègrement, les Genèvois The Rebels of Tijuana osent, et réussissent, le changement de registre. Non contents de séduire avec leurs giclées racées “d’avant”, ils mettent de la ouate dans leur répertoire, convoquent le souvenir de Nino Ferrer et imposent sur ce Asile, généreux, des titres élégants, musicaux à l’extrème.

On est ici dans le cool, c’est d’ailleurs ce climat qui a prévalu lors de l’enregistrement et Lydie S. donne le ton avec son élancement détendu, là où d’ordinaire on se serait attendu à une salve plus endiablée. D’abord surpris, on note cependant la beauté du propos et le très groovy, fuzzy aussi Erotique (tiens, on retrouve la tendance d’auparavant) laisse à penser que ces Helvètes vont réussir le pari, pour l’occasion, de concilier “l’avant et le nouveau”. Ils ne perdent absolument pas, en tout cas, en qualité. Le registre est simplement plus psyché, plus distingué, comme le montre Qu’on aime faire. Il faut, certes, se familiariser avec ce virage musical, mais on se rend vite compte que les gaillards, doués, ont de quoi nous retenir. Evoluer sans se dénaturer, voilà ce à quoi ils parviennent avec l’ouvrage décrit ici. Un jazzy Et le blizzard s’estompe, joliment joué, chanté, aussi, avec brio, hausse la cadence après une plage soyeuse. Celui qui danse a de l’allant, se montre tout aussi “chic” que le reste.

On s’éprend, passé l’étonnement des premières chansons, de ce parti-pris feutré qui, remarquons-le, s’accompagne d’encarts encanaillés (Dans les vagues sous ma peau, qui suit un excellent Strange effect). Ce sont tout de même les essais posés qui sont ici la principale composante (Teddy S.). La dextérité des musiciens dans l’interprétation, à l’image d’un superbe Biche, faisant ici merveille. Sixties mais avant tout diversifiés, The Rebels of Tijuana continuent à griffer sur des compositions d’une extrême beauté, à fuzzer avec allègresse (Ne t’en vas pas maintenant).

Massage est plein de vigueur, se découpe dans une pop alerte. Le verbe est élevé, les sons se situent au carrefour du poli, du classieux, et de l’insoumis. Sur la fin, la première des deux options est soulignée par Quand j’étais chanteur, très fin, aérien. Puis Cavalcade, sur cette même note sixties récurrente, met fin à un disque globalement assagi, au regard des productions antérieures, mais audacieux et indéniablement réussi.

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