Les rêves d’avant la route, Aurélia Coulaty et Pierre Wetzel, interview

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Muzzart a rencontré le photographe bordelais Pierre Wetzel et l’écrivain/reporter Aurélia Coulaty qui publient en collaboration un livre mêlant photos et textes intitulé Les rêves d’avant la route. Le livre sort le 28 septembre 2018 et une soirée dédicace et expo est organisée pour l’occasion sur la place St Michel. C’est à la Maison Spectre, l’atelier de Pierre que les amateurs de concerts à Bordeaux connaissent bien en tant que photographe officiel du Krakatoa et pour ses photos au collodion de nombreux groupes et artistes, que l’on pourra découvrir une douzaine de planches extraites du livre (événement Facebook du 28 septembre).

Joseffeen/Muzzart: Pouvez-vous nous expliquer la naissance et le concept du projet et du livre?

Pierrre Wetzel: L’idée est née ici-même, à Maison Spectre. Je venais de travailler sur un livre en hommage à Mano Solo avec le groupe bordelais Les Hurlements d’Léo et, comme nous en avons l’habitude, nous avions mis en façade une installation typographique réalisée par Jonas Laclasse pour annoncer la sortie du livre. Il y était écrit “Les rêves, ça pousse sous la pluie” avec une photo de Napo Romero. Aurélia, qui poussait la porte pour la première fois, m’a interrogée sur cette affiche avant de faire le lien entre ma technique photo et le monde du rêve, qu’elle m’a proposé d’aborder dans une création commune qui prendrait pour sujet les demandeurs d’asile. Nous n’avons pas cherché à faire un documentaire ou un reportage avec ce projet, nous avons plutôt eu envie de nous affranchir de la réalité pour nous diriger vers le rêve.

Aurélia Coulaty:  Nous avons commencé ce livre il y a deux ans avec Pierre et des demandeurs d’asile, c’est à dire des gens qui sont inscrits dans des parcours migratoires et dans une demande de protection adressée à l’État français. Du fait de cette situation, ils sont considérés par beaucoup d’entre nous de façon générale plutôt qu’individuelle, et réduits à cette image qu’impose la demande de papiers. Nous avons voulu travailler sur le rêve et sur les projections qu’ils ont pu avoir enfants, avant d’être migrants, que ce soit des projets de vie ou des visions nocturnes et qui les ont marqués pour longtemps. Cela permet d’explorer l’inconscient individuel de chacun, de les ré-individualiser. Leur parcours apparait en filigrane évidemment, mais ce n’est pas ce que nous avons voulu mettre en avant. L’approche photographique de Pierre offre une dimension onirique, presque fantasmagorique, aux portraits. On a envie de creuser pour comprendre ce qui se passe derrière la solennité et les regards brillants.

Joseffeen/Muzzart: Comment se sont passées les rencontres avec tous ces gens?

Aurélia: Sur deux ans, nous avons rencontré 40 personnes qui sont dans des CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile). Nous avons commencé avec celui de Bègles et l’association France Terre d’Asile qui s’en occupe, puis celui de Bordeaux. Ils nous ont beaucoup aidés et soutenus dans notre projet en organisant les prises de rendez-vous et en présentant notre démarche à ceux qu’ils accompagnent. Si le rapport à l’image n’est pas forcément évident pour eux, nous avons toujours bien souligné que nous travaillions sur un projet artistique et qu’il était question de créer quelque chose ensemble.

Pierre: J’ai utilisé mon Wunderstudio pour prendre les photos. Il me sert de laboratoire, de pièce noire pour développer sur place. Voir arriver cette caravane des années 40 qui ressemble à une soucoupe volante attise la curiosité et facilite les rencontres. La technique que j’utilise également, avec la chambre en bois, le drap noir, les plaques, casse les codes de la photographie et la boulimie d’images de nos sociétés modernes . La communication se crée vite autour de ça, pour les anciens par exemple qui se souviennent avoir vu leurs grands-parents utiliser de vieilles chambres photo sur plaques. Le côté “one shot” du procédé est intéressant aussi. Les gens comprennent qu’ils doivent se livrer en une seule image. Le dialogue autour de la séance avec les non-francophones étant bien sûr plus simple pour moi que pour Aurélia, qui explore avec eux des souvenirs lointains.

Aurélia: J’ai souvent rencontré les gens à plusieurs reprises afin d’obtenir des précisions une fois que j’avais décidé dans quelle direction amener mon texte. Je n’ai jamais voulu retranscrire leurs propos à la manière d’un reportage, mais l’ensemble d’une émotion qui surgit dans le travail de mémoire. C’est un travail de création plutôt que de retranscription, dans lequel je place ma fidélité à l’égard du fond, et non de la forme. J’ai ainsi pu écrire des textes autour d’une seule phrase dite, alors que d’autres compteront plus sur les images confiées au fil de cette conversation intense.

Joseffeen/Muzzart: Quels sont les événements liés à la sortie du livre?

Pierre: Le livre sort chez Maison Spectre ÉditionS et nous organisons une dédicace et une expo ici, place St Michel le 28 septembre à partir de 19h. Il y aura également une exposition au Rocher de Palmer du 10 au 30 octobre 2018. Pour se procurer le livre, à Bordeaux, ce sera ici à Maison Spectre ou en librairie.

Aurélia et Pierre, photo au collodion par Pierre

Site officiel de Pierre Wetzel

Facebook de Maison Spectre

événement Facebook du 28 septembre

Merci à Aurélia Coulaty et Pierre Wetzel