Your Own Film – Forever lost

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Deuxième album pour les amienois de Your Own Film, de façon quasi simultanée avec celui, excellent, de Notepok, issu de la même ville. Et d’excellence on parlera à nouveau pour ce second long jet intitulé Forever lost, porteur d’une pop mélancolique aux contours grungy, abrasive ou plus cotonneuse, complètement communicative de par les humeurs qu’elle exhale.

En outre, Sam et ses acolytes s’éloignent assez clairement des influences Seattle/Nine Inch Nails qui auraient pu entraver leur premier essai. Les premières sont encore présentes mais bien assimilées et dès No consequences, magnifique essai “sad-pop” qui lance la machine, on est happé par le climat créé, la qualité de l’enrobage sonore et de la production. Aux manettes, Romain Flandre et Bérenger Nail ont assuré comme il se doit et si on ajoute à cela la présence de l’illustre Jean-Pierre Bouquet au mastering, il va de soi que le rendu est optimal à ce niveau.

Bien entendu, ceci sert l’intérêt d’un opus impeccable, magnifié par les choeurs (ce même morceau) ou un superbe chant féminin (Blue). On y oscille entre rage et douceur, parfois au sein d’un seul et même titre. Les états d’âme de Sam font la sève de Forever lost, pur et impur, doux et dur, authentique. Un moment enflammé, 12500 hz, vient consolider l’entrée en matière. En trois titres, le panel est projeté et une cohérente diversité dans les atmosphères se dégage. Le dosage est juste, YOF semble avoir trouvé la bonne mesure dans l’étayage de ses compositions. La tension est retenue (Tender) ou plus à nu et on est capable de réelles sucreries pop torturées, susurrées, sensibles. Ici, les voix associées font sensation, le masculin-féminin est enchanteur. La justesse des motifs, discrets mais décisifs, frappe (King), le violoncelle de Lou Corroyer Windels étoffe délicatement des morceaux de haute volée. On est presque, à certains moments, dans le post-rock, celui qui n’ennuie pas. Puis des riffs durs et syncopés accouchent d’un énième chanson notable (Won’t be you), entre douceur-douleur du chant et coups de semonce approuvés. On pourrait d’ailleurs s’attarder à chacune d’entre elles car dans le cas présent, aucune n’est négligeable.

Ainsi, No morning sun fait montre de cette même alliance entre sensibilité et impact vocal et sonique, beauté et colère copulent…tendrement ou sauvagement. Puis une pause acoustique d’obédience folk nous est livrée avec Sweet joke, posé, dénudé mais doté d’une fin plus emportée, un peu à l’image de I don’t mind qui suit un peu plus loin. Ceci avant un The foreigner non moins beau, plus fougueux car porté, entre autres, par les riffs de Joseph auxquels le violoncelle donne un contrepoint bien amené. C’est l’arme, ou l’une des armes, du groupe: la dualité entre velouté et plages colériques, ses ornements sans excès, constamment plaisants, ce chant qui renvoie une multitude de ressentis.

En fin de parcours, dans cette belle tourmente, se présente Lost, nouvelle parenthèse doucereuse et spatiale, avenante accalmie. Lui succède Forever lost, éponyme, dans un créneau pop-grunge explosif et saccadé ne reniant pas les mélodies de choix, le mot de la fin revenant à Under the waterfall. Qui, à l’aide de claviers bien disséminés et en se basant sur une recette qui a fait ses preuves (ferveur ardente et /ou mélodieuse), conclut dans une élégance troublée un album d’une qualité récurrente.