Année Zéro + Télédétente, belle doublette cold et déjantée à la Briqueterie…

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Concerts dédiés au jeune public ou aux ziks déviantes, ciné-concerts, théâtre -de rue ou “d’intérieur”-, sérigraphie, expos en tous genres, partenariat accru avec le quartier et j’en passe et en oublie, la “Briket” amienoise est un lieu précieux, underground dans l’esprit, dont le mérite réside entre autres dans sa démarche intègre, à la force du poignet si l’on peut dire, et une ouverture exemplaire. Et en ce dimanche de non-repos pour son équipe -on l’en félicitera-, la belle bâtisse de briques rouges organisait dans un premier temps un atelier de sérigraphie puis, objet de l’article en cours, un concert dédié à des courants barrés incarnés par deux excellents groupes strasbourgeois: Année Zéro et Télédétente.
Le premier des deux, à trois, ouvrant dans un délectable fatras sonore à la croisée de genres dont le dénominateur commun est la “non-norme”. Selon un registre obscur, en effet, dark-wave, cold-wave, punk et shoegaze se télescopent et accouchent de morceaux aux vocaux fous, noise et à l’arrache mais foutrement addictifs. Le set est bref mais laisse une empreinte marquée, ça grince et au milieu de ce vacarme tenu en laisse émergent quelques mélodies. Aussi DIY et accrocheur que son merch fait maison, Année Zéro bombarde de la joie sonique dans les esgourdes d’une maigre assistance. C’est bien bon et garantie sans édulcorants, tout comme Télédétente qui en duo rodé assène son cold-punk/synth-wave entêtant, marqué par une boite à rythmes et un chant en Français, des grattes qui “bruitent” avec efficacité, le tout bien imbriqué. Lé encore la prestation est courte mais de qualité et vaut l’écoute. Panne sexe, entre autres morceaux hantés et désenchantés qui restent en tête et exhalent une noirceur bien façonnée, distingue la paire et valide un concert réservé aux initiés, éloigné de tout chemin préconçu.
Comme souvent soulignons-le, avec la structure de la rue Lescouvé, l’un des derniers bastions d’une contre-culture à laquelle la fermeture des derniers caf-conc en place par chez nous porte un coup rude  et porte atteinte à la vie culturelle locale, de plus en plus réduite à du mainstream particulièrement indigeste. Puisse ce genre d’événement, donc, se répéter, perdurer et contre-attaquer avec l’énergie…de l’espoir et suivant une démarche diamétralement opposée à toute attitude rangée.
Photos William Dumont.