Manuel Bienvenu – Amanuma

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Manuel Bienvenu, Amanuma. Auteur et intitulé font d’emblée redouter un rendu chanson des plus barbants. La bio évoquant de jolis noms (Brian Wilson ère Pet Sounds, Steely Dan pour son Aja ou encore Talk Talk pour son minimalisme de fin de parcours), on enfourne tout de même la galette et là, belle surprise, un opus jazz-pop de classe s’offre, mélodieux et animé, fruit d’un véritable travail d’esthète.
On est en effet frappé, d’entrée de jeu, par la finesse des arrangements, par la limpidité du contenu, qui happe son auditeur et ce même dans ses instants les plus calmes (North marine drive (Ben Watt)). Cordes, clarinette basse, vibraphone, le multi-instrumentiste fait feu de tout bois, c’est le cas de le dire, et s’il débute dans la quiétude avec Landscape, fin et ouvragé au piano comme l’essentiel du disque, ses investigations prennent régulièrement une tournure plus dynamoque. Le rendu n’est pas que beau, il outrepasse aussi gentiment les règles du format conventionnel et se fait régulièrement plus vivace, truffé qu’il est, de surcroît, de sons qui restent en tête (Churrigueresque, par exemple). Animé, entraînant comme ce Capital crown à la fois subtil et enlevé, riche de ritournelles légères et touchant au psyché par leur côté aérien (Polarised), Amanuma génère la quiétude et une certaine forme d’enchantement auditif.
Years to run illustre bien la sensation, dans son doux-amer de classe, la musicalité permanente de l’effort est à saluer, Dark gardens impose un format plus étendu plein de fraîcheur poppy, de sonorités dont Bienvenu et ses nombreux acolytes intervenant ici détiennent la recette. Ses deux dernières minutes partent de plus dans une embardée affolée qui ajoute à la portée et à la déviance de l’essai. Un second format étendu nommé Shoegrease, plus tranquille mais tout aussi prenant, se distingue, on approche même ensuite les dix minutes sur le passionnant Café gitane, à la narration loufoque et inédite dans son contenu. Génial, ledit morceau est alerte, jazzy mais dans des chemins de traverse judicieux, et pré-conclut une affaire rondement menée, que Seventeen (Michael Mantler) couronne dans son groove jazzy saccadé. Mettant ainsi fin à un album de tout premier ordre, travaillé avec soin et passion.