Gâtechien – Un et deux

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Créé il y a plus de dix ans par le bassiste de Headcases (Laurent Paradot) et le batteur de Gina Artworth (Florian Belaud), Gâtechien s’est depuis fait un plaisir d’asséner son univers barré (pop hardcore, disent-ils? C’est bien plus que ça…) dans tous les endroits possibles, du squat miteux jusqu’aux plus grands festivals et ce, dans un esprit punk revendiqué.
Une séparation puis une ré-union plus tard, Another Record ressort, géniale idée, les deux premiers ep’s de cette paire fantasque, qu’on rapprochera de Fugazi (4, sur l’ep “1”, et la plupart des compos) mais qui, c’est à l’écoute une évidence même, a su, très vite, jalonner ses propres terres musicales, sauvages, débridées, subtiles aussi, groovy en diable. D’emblée, l’ep “1” déboule toute rythmique dehors (la symbiose est frappante), à coups de chant fou, selon une cadence tenue ou bien plus galopante qui valut au duo de séduire Ted Niceley (Jawbox, Fugazi, Noir Désir) et Eli Janney, bassiste de Girls Against Boys, qu’on retrouva donc aux manettes d’un de ses albums, le second plus exactement.
On ne s’étonnera pas, par conséquent, de retrouver sur les douze titres de cette ressortie la même rage, le même groove obsédant que chez GAB et le côté cru d’un Niceley. Ambiancées (3, sur lep “1”, ou encore 6) ou plus ouvertement remontées, les réalisations de Gâtechien font déjà mouche sur ce premier jet qui le démarque clairement. Et ce n’est surement pas le second ep, “2” donc, qui me fera mentir, avec ses plages cette fois nommées mais loufoques dans leurs intitulés et, au delà de ça, géniales. Le rouge à lèvres à mon père, braillé, saccadé, planant sans prévenir les bases d’une folie musicale assumée et, surtout, porteuse à souhait et délibérément insoumise. On temporise, la basse calme le jeu tout en maintenant son groove, puis on repart tête baissée dans le fatras sonore maîtrisé. Bise mon cul t’auras une pomme (tout un programme que d’aucuns auront peut-être appliqué dans le chaos des lives furieux du groupe) le démontre, de même que Ping pong, des sons -de basse notamment- dont les deux gars ont le secret épicent une oeuvre essentielle comme un “bon vieux” Sloy. La batterie sait matraquer comme s’assouplir, se nuancer, on profite aussi à plein des soudaines accélérations qui, régulièrement, affolent la machine. C’est du tout bon, ça cogne aussi bien que ça berce dans la déviance, et trois autres coups de boutoir pensés, noisy en certains endroits pour le premier d’entre eux (Se laver les dents avec un rasoir), entérinent définitivement la valeur de ces énergumènes inspirés.
Lesquels, avec un Jesus a perdu son lizard tenant de qui on sait (si influences perceptibles il y a, et encore faut-il nuancer le constat tant le rendu appartient avant toute chose à Gâtechien, le groupe de David Yow en fait partie), puis un Pompignac terminal, en instrumental griffu/doucereux, assurent une première sortie qui, même en ce début d’année 2015, demeure “verte” et cinglerait les fesses de bon nombre d’autres pratiquants.