Peter Kernel – Thrill addict

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Aris Bassetti/Barbara Lehnhoff, soit Peter Kernel “from Lugano”, est de retour avec un troisième album! Sortez les tambours et les trompettes, celui-ci est bien évidemment excellent et rend parfaitement compte de ce que le duo sait faire.
Thrill addict, ledit objet, donne en effet des frissons -émotionnels, de plaisir aussi-, et impose la pop sombre, lo-fi, noisy ou arty qui caractérise l’indispensable paire suisse. Le flemmard Ecstasy en mode Pavement inaugure les débats, élevés, et Peter Kernel a le bon goût d’assombrir plus encore sa pop finaude, la rendant presque cold (You’re flawless, énième merveille signée du couple). Des climats crépusculaires, des embardées sauvages aussi étoffent un effort phénoménal, génialement arty dans le sens de, quasiment, no-wave, obsessionnel (Majestic faya et, à l’image de la plupart des compos présentées, ses bourrasques lestes et obscures). La voix polissonne de Barbara fait merveille, un belle finesse sonore se greffe à l’imprévisibilité du contenu (High fever), qui plus loin se fait plus léger sans perdre de sa sous-tension.
On succombe donc vite, peut-être s’agit-il là de la meilleure oeuvre de Peter Kernel, déjà auteur d’ouvrages significatifs, qui lorgne aussi du côté de Sonic Youth (Leaving the moon) mais ne doit au final rien à personne tant il est désormais reconnaissable. Une vêture pop sensible lui fait honneur (They stole the sun), sa retenue suivie de coups de semonce pas moins (It’s gonna be great), des basses froides assènent un groove assassin (I kinda like it), couplées à des guitares vrillées et des chants guerriers. On s’en délecte, on pressent déjà que le disque, à sortir à la mi-janvier 2015, fera date. Ca ne serait que pure logique, tant on s’éprend ici du savoir-faire, de l’instinct décisif des deux comparses (Supernatural powers), qui allient brillamment brillance pop, assauts noisy et climats gris.
Superbe, Thrill addict le reste jusqu’en sa fin, que l’alerte et saccadé Keep it slow rend captivante, dignement relayé par Tears don’t fall in space qui impose une jolie retenue, une atmosphère plus psyché. Laquelle prolonge avec à propos l’étendue d’un album parfait, du avant toute chose au génie d’un groupe incontournable.