Powerdove – Arrest

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Improvisatrice confirmée doublée d’une chercheuse es pop-song parfaite, Annie Lewandowski a déjà collaboré avec de beaux noms et cette fois, sous l’intitulé Powerdove, elle s’acoquine avec John Dieterich de Deerhoof et Thomas Bonvalet (Cheval de Frise, L’Ocelle Mare…) pour créer ce superbe Arrest, aux chansons délicates chahutées par le panel instrumental large de Bonvalet, assez inédit (Audio ducker, orgue à bouche, cloche de réception amplifiée, concertina et j’en passe) et le dobro de Dieterich. Ce n’est donc plus la formule “perso” chant/accordéon déviant qui prévaut et le rendu, tordu, sonore et inventif, vaut largement le détour.
La fragilité, la sensibilité folk de la dame demeure mais s’accompagne de chemins de traverse parfois périlleux (When you’re near, intro “noise-folk” splendide et sonique). Le chant, narré, fait parfaitement écho à l’instrumentation, le décor, sombre, évoque le Sonic Youth des débuts et l’identité, forte, fait de ce Arrest un opus de haute volée. On s’y promène entre sorties de route agilement orchestrées (Into the sea, dans les pas du titre inaugural) et pureté folk (Easter sorry). Signé chez Murailles Music (gage certain de qualité) et à l’oeuvre depuis 2007, Annie et Powerdove réinventent l’expérimentation et scintillent dans l’ombre. Son chant, aussi envoûtant que celui d’une Cat Power (Be mine), se greffe avec le plus grand naturel aux canevas de ses compagnons encanaillés.
Voilà un disque dont on ne décroche pas, exempt de remplissage, grinçant (Seeing it et ses bruits qui répondent à un organe délicat), charmeur (After dark), truffé de sonorités aux airs de jamais entendu. Enregistré en une seule journée par Ian Pellicci, il impose aussi une folk vivace et savamment parée (Weeping willow). On ne peut que s’en éprendre, quand bien même il exige un effort d’assimilation, et régale sur ce titre comme ailleurs de ses embardées bruissantes. You can make me feel bad, malgré son intitulé, met dans les bonnes dispositions, doucereux, Paper tiger renouant ensuite avec ces écarts ombrageux qui cohabitent avec des plages sereines.
En fin de parcours, au bout d’un chemin joliment tourmenté, on trouve Birdsong, lui aussi beau et souillé avec soin, et en conclusion un Ordinary qui ne l’est justement pas, ordinaire, venant conclure une série hautement prenante de ballades expérimentales troublantes et troublées du plus bel effet.