Earth – Primitive and deadly

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Dixième album studio du Earth de Dylan Carlson et Adrienne Davies, Primitive and deadly voit la paire fondatrice s’entourer efficacement (Mark Lanegan et Radia Shaheen Qazi (Rose windows) au chant, Bill Herzog de Sunn0)) à la basse et Brett Netson de Built to Spill aux guitares, entre autres). Le procédé permet cette fois un virage qui, s’il reste dans la lignée parfaite du groupe, entre drone, doom et psyché, se pare d’une couleur “pop”, si l’on peut dire, et d’une légèreté plus accrue. Ceci sans dénaturer le registre qui a fait de Earth un “pachyderme” reconnu d’une mouvance à laquelle il a d’ailleurs largement contribué, dont les émules français pourraient avoir pour nom Mars Red Sky.
Ainsi, Torn by the fox of the crescent moon…ne fait pas du tout étalage de cet apport et demeure monolithique, exempt de chant et basé, “uniquement”, sur les riffs réitérés de Carlson et la batterie lourde de Davies. L’effet est saisissant, le climat, lourd et oppressant, planté et c’est There is a serpent coming qui avec l’organe de Lanegan gagne évidemment en mélopée de choix. L’option est louable, fait respirer l’ouvrage sans pour autant en briser la cohérence. On reste dans l’effort maison, l’atmosphère, plombée, demeure. Les morceaux, longs et obsédants, s’imposent telles des chapes melodico-saturées, que valorise à son tour Radia sur le subtil From the zodiacal light. L’effet léger/torturé crédite l’essai et on se dit alors que Earth gagnerait peut-être à user plus régulièrement de ces apparitions, très justes. 
Un penchant bluesy/psyché évidemment tourmenté anime ensuite Even hell has its heroes, non moins prenant. En éclaircissant son registre, la formation de Seattle garde sa pertinence et s’ouvre de nouveaux horizons sans s’y perdre. Et à l’issue, Rooks across the gates réexplore les cieux avec autant de poids que de finesse, en montant lentement très haut. Le retour de Lanegan au chant, on ne s’en étonnera guère, amenant un plus incontestable par son cachet et le ressenti qui s’en dégage. Pour un Primitive and deadly pas si primitif que ça, loin s’en faut, de valeur constante. Et dans une optique nouvelle et judicieuse.