Bruit qui court – Bruit qui court

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Groupe toulousain, Bruit qui Court évolue dans un rock tendu et stylé, qui sur ce troisième album de Nicolas Lafforgue et les siens se passe de guitare pour privilégier les claviers, tout terrain. Ceci en prenant pour fil rouge la pensée libertaire de Charlie Bauer, révolutionnaire Français disparu en 2011.
Bonne surprise, on retrouve sur l’opus la tension qui animait Virago, en moins noise toutefois, le spoken word prenant ici les commandes vocales. Comme une traînée de poudre donne le la, le verbe fait rage et enfante presque un style personnel si on n’y décelait pas les influences, donc, d’Olivier Depardon et Virago et, dans le texte comme dans l’élan contestataire,de Noir Désir.
Il n’empêche, la démarche est porteuse, les titres estimables et les refrains font mouche (1/M et son “Ici et maintenant!“). On se réjouit de trouver un groupe oeuvrant à l’élaboration de son univers et l’urgence rock est là malgré la prédominance des synthés (Sans jamais vous suivre). C’est aussi le cas sur Ma haine, ma colère et ma rage sur sa seconde partie, massif, après un premier volet apaisé. La variété des climats est également appréciée, la poésie des mots allège les maux, les intitulés même sonnent comme un cri à la liberté (Né libre). On oscille de plans aériens en embardées plus nerveuses, ceci avec justesse, on ironise avec habileté (Charlie) et le disque ne révèle rien, au final, qui fasse tache.
En outre, une belle musicalité honore l’ouvrage et souligne donc le propos, qui peut s’emporter tout en restant léger (Dans l’ombre). On aime aussi, bien sûr, quand le ton se fait bourru, puissant (l’excellent La mélancolie et sa basse charnue). On peut ensuite revenir à un ton calme sur Soixante et onze jours, pour à l’issue réinstaurer une tension élégante avec Il suffisait de fermer les yeux; le tour est joué et le Bruit qui court, avec un tel album, risque en toute logique de passer au statut de Bruit Immanquable.