Pilöt Kidz – walking in rOws

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Trio parisien au rock personnel, aussi finaud (Sunshine en ouverture, superbe) que pris dans des chemins de traverse bien conçus, Pilöt Kidz se substitue à Pilöt, et signe un second album, après l’excellent Mother, à la qualité au moins égale.

Passé ledit titre, Alex Catrine de Selve et son chant d’enfant exalté/désillusionné et ses acolytes créent un univers clair/obscur né avant toute chose de leur imagination, prenant, exigeant aussi, fait de sons imaginatifs, d’histoires singulières narrées par un chant lui aussi individuel, reconnaissable entre mille. YSL illustre cela dans une certaine quiétude troublée par les atmosphères barrées du groupe, puis Walking in rÖws instaure une cadence plus vivace et obsède par la réitération de sonorités encore une fois malignes. L’alchimie entre ces climats et la voix de la chanteuse, aussi sensuelle qu’occasionnellement enragée, est parfaite et si le tout manque parfois de nerfs, Duck race, massif, viendra infirmer ce constat et renforcer la teneur de l’album. Doté d’un joli beak, il précède Golgotha mikojet, aux cordes fringantes, pris lui aussi dans un entrelac de sons que le groupe parvient à rendre complémentaires en dépit de leur différences, et sur lesquels il s’appuie pour peindre des tableaux sonores uniques.

Les riffs de Pollo loco et ce chant révolté durcissent ensuite judicieusement le ton, qui se fait noisy, puis Smile renoue avec des prétentions plus pop, posées, à l’effet non moins significatif. Force est de reconnaitre que Pilöt Kidz reste optimal dans le rendu, et ne laisse transparaitre aucune influence perceptible, les ayant assimilées et réinvesties avec brio depuis la première heure ou presque. Les volutes sonores de Summer camp, lui aussi subtil dans sa composition, puis le joliment contrasté Big daddy’s rocketfield, validant la personnalité de ce groupe affranchi de ses sources d’inspiration premières.

On s’entiche de ce walking in rOws au gré des écoutes, le quasi trip-hop rythmé de Pink show complétant le tableau sans faillir, avant Pink slow, tranquille, faussement apaisé, à l’arrière-plan troublé mais majestueux. L’aventure prenant fin sur Keep me inside, constat de la crainte panique d’un monde éprouvant. Titre à la fois fin et bourru, manifeste electro-rock (à défaut d’appellation plus seyante) difficile à classer (c’est l’une des caractéristiques du groupe, qui n’a de cesse de creuser le sillon d’un genre désormais installé), il conclut un opus semblable à aucun autre, à l’image d’un trio aux investigations soniques et stylistiques une fois de plus porteuses.