Mystique, fiévreux et incandescent; Wovenhand au 106 de Rouen…

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Histoire de compléter avec classe sa succession d’affiches de choix, le 106 s’offrait en ce dernier samedi de septembre un morceau de légende puisque c’était le Wovenhand de David Eugene Edwards, amputé de la présence de Pascal Humbert mais renforcé par l’arrivée de deux “jeunes loups” ayant de toute évidence vite trouvé leur place, qui y garait son camion.


Wovenhand

L’ex leader de 16 Horsepower, déjà impressionnant en interview, au look inégalé et à la présence énorme, habité, a assuré avec son “arrière-garde” un show de feu, tout simplement énorme. Mais avant cela, saluons la prestation convaincante d’I am a band, projet solo du limougeaud Fabien Bréart qui fit ses armes au sein de plusieurs combos rock et dispose déjà d’un carnet de route fourni en termes de dates assurées.
Doué, authentique, l’homme à la voix claire s’est fendu d’un répertoire bluesy d’époque, joué derrière un mini kit de batterie, guitare en main et selon un jeu impeccable, simultanément subtil et “trashy”. Parcourant un panel vaste sans se disperser, I am a band a confirmé la qualité de son album Ruins of south, d’ailleurs bien vendu en ce samedi soir, de même que de belles dispositions en dépit d’un créneau au succès si conséquent que beaucoup se sont depuis engouffrés dans la brèche, altérant quelque peu la crédibilité du mouvement.


I Am Band

Qu’à cela ne tienne, les essais country/blues du bonhomme affichent assez de qualités, dans le texte comme dans l’instrumentation, pour ouvrir de façon convaincante pour le Wovenhand, “impressive”, du sieur Edwards. Lequel, avec une force renouvelée par le petit dernier, un The laughing stalk charnel et puissant sans se départir des élans mystiques prenants caractéristiques du groupe (King O king et ses accents tribaux percutés par des guitares massives), s’est livré corps et âme et a offert au Club du 106, complet, un set qu’on gardera en tête et qui alimentera bon nombre d’échanges à venir dans l’antre portuaire rouennaise.

Hanté, fort donc d’un registre remonté, joué en rangs serrés et “potards dans le rouge”, Wovenhand instaure d’emblée un climat envoûtant, fait de chair et de feu, d’une sincérité de tous les instants et s’appuyant bien entendu sur un répertoire impeccable, entre mysticisme captivant (Speaking hands, Closer) et force de frappe directe (As wool et son tempo débridé ou encore Long horn, tous deux renversants) ou plus leste (The laughing stalk). Des élans psyché “heavy” enfoncent le clou d’un set introduit par des chants tribaux parfaitement ajustés, avant deux rappels d’une puissance qui laissera l’assistance, privilégiée, groggy, au sol, et perchée bien haut, dans les sphères d’embardées mystiques dont le groupe a le secret. Marquant, le gig du soir croise parfaitement l’énergie rock du dernier opus et le pouvoir d’évocation du fameux Live at Roepaen, et démontre sans coup férir que la réputation scénique du quatuor et les promesses nées de sa discographie ne sont nullement usurpées.

Enorme, quasi-indélébile, un concert illustre, permis une fois encore par l’équipe d’un 106 dont on n’a de cesse de vanter les mérites et qui distribue du bonheur et de la vie à tout un chacun dès lors qu’il a la bonne idée d’en franchir les portes.

Photos William Dumont.