The Name – Numbers & facts

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On en rêvait, The Name l’a fait!

La formule n’aura surement pas le mérite de l’originalité, mais s’avère être un bon descriptif pour ce premier album de The Name, duo amienois (David Monet aux “keyboards” et Jocelyn Soler aux futs, est-il besoin de le rappeler…?) à l’electro cadencée qui matérialise ici superbement plusieurs années d’efforts et de labeur consciencieux.

Numbers & facts, ledit objet, frappe fort d’entrée et surprend par l’excellence de ses contributions vocales qui, ajoutées aux fameux instrus du groupe, forment un ensemble imparable. Ainsi, on se fait d’emblée souffler par un trio inaugural de folie, la jolie Christine & the Queens, récemment entrevue en compagnie de la paire dans une salle amienoise prisée, endiablant et “sensualisant” dans le même temps un Distance fatal, aussi dansant que souterrain et enjolivé par le chant de cette dame que les envolées de claviers de David et la frappe de Jocelyn, tel une machine ayant pris l’apparence d’un…batteur, épaulent avec une justesse confondante.

Ce niveau élevé, ce juste dosage entre instants cold et incitation à la danse, va ensuite nous enchanter sur neuf autres titres, mais terminons-en d’abord avec une ouverture phénoménale, dont José Reis Fontao hisse encore un niveau déjà élevé sur Numbers & facts, dominé par les nappes du claviériste en chef, qui fait ici et sur la totalité du disque feu de tout bois. Dans un registre plus dark qu’à son habitude, le “Stuck” s’illustre et nous amène à pressentir, sans plus tarder, un contenu de haute volée. Ce que confirmera Hunt down, que Popclo (We are enfant terrible) et sa voix susurrée, mêlée à une trame elle aussi obscure (le duo batterie/claviers y fait cette fois encore merveille), porte aux cimes.

On est frappé par l’imagination des deux hommes, leur capacité à faire corps et l’inventivité dans les sons et les cadences et quand vient le temps du premier instru, Nights, on s’incline bien sur devant ces motifs dont la répétition génère pour l’auditeur une forme d’addiction difficilement curable. Et tout autant quand Richard Allen de Wolves & moons, en local de l’étape, pose sa voix sur le bien nommé Many obsessions. Entre retenue climatique et dynamisme plus affirmé ensuite, voilà un titre qui, en plus de combiner idéalement le chant de l’amienois et l’écrin sonore atmosphérique mais remuant des deux The Name, conclut magnifiquement une première partie d’album qui met son monde à genoux.

La fête, cette fête qu’on imagine parfaitement célébrée en milieu obscur, se prolonge ensuite sans faiblir une seconde avec Neon lights, qu’About the girl illumine de pair avec la paire, par le truchement d’un chant féminin à l’extrême, sucré, auquel les chaloupes des synthés et les rythmes tout en syncopes de la batterie livrent une parfaite enveloppe sonique. Breaké avec à-propos, ce morceau précède une autre pépite, Silent terror, éclairé (si l’on peut dire tant l’intervenante l’orne de son chant ombrageux) lui par l’organe vocal de Linda Lamb (Vitalic) et qui parvient, massif et ténébreux, à nous tenir en haleine sur huit minutes sans flancher le moins du monde. Ici encore, on s’inscrit dans un registre sombre, aussi agité que basé sur les ambiances, prenant en diable.

Suite à cela, The passenger impose à son, tour un canevas puissant, à la transition -c’est de coutume chez The Name- amenée avec brio, puis le retour à une certaine sérénité de Wasteland (Christine & the Queens y réalise encore des prouesses dans un registre murmuré absolument seyant), underground bien sur mais selon un cheminement moins trépidant et non-moins abouti, entérinent le haut niveau de ce coup de maitre signé The Name. Celui-ci terminant par un autre instrumental racé, expérimental, intitulé Jeffrey Dahmer street, à dominante planante, céleste puis plus remuant, sans se départir de ce côté “nuageux”, en sa dernière minute.

On l’aura compris, The Name signe donc avec ce premier long jet une pièce maitresse, valorisée par des voix plus que bienvenues et doublées d’un savoir-faire et d’une complémentarité sur le plan des instrumentations qui a pris un galon certain. Magistral!