Interview du groupe de post rock progressif Area

0
3319

AREA, à découvrir sur:

facebook
bandcamp
soundcloud> Bonjour Area, pouvez-vous vous présenter ?

Hugo : Bonjour, moi, je m’appelle Hugo. Je suis guitariste chanteur de Area et étudiant. Je vis une vie de jeune Bordelais, tout ce qu’il y a de plus normal.

Lewis : Moi, c’est Lewis. Je suis guitariste d’Area, je fais un peu de keyboard également. J’ai commencé le projet il y a un an et tous les autres nous ont rejoint, donc Hugo notamment. Et là, je passe la main à Etienne.

Etienne : moi, c’est Etienne. Je suis le batteur d’Area, aussi le sampler, comme on dit. Je suis le 2ème membre à avoir rejoint le groupe, ensuite ça a été Hugo et Cédric. Cédric, c’est le bassiste du groupe, le membre le plus important du groupe, le pilier, la soudure. Voilà. Cédric, si tu m’entends, je t’aime.


> Qu’est ce qui vous a poussé à jouer de la musique et comment a débuté Area ?

Hugo : C’est Lewis qui, à l’issue de son ancienne formation, a décidé de monter un nouveau projet. Il a fait une demande, cherché des musiciens. Etienne l’a contacté en premier, et avec Etienne on se connait depuis longtemps, on a déjà joué ensemble. Etienne lui a parlé de moi, on s’est rencontré et ça a plutôt bien fonctionné. On a commencé les répétitions puis on est parti à la recherche d’un bassiste. On en a auditionné deux, avec qui ça l’a pas forcément fait, et on a trouvé Cédric au mois d’Octobre 2011 avec qui ça collait complètement au projet, donc c’est là où vraiment tout le groupe a pris son envol. Après, pourquoi faire un groupe de musique ? Hum, déjà parce qu’on aime tous la musique, on a tous envie d’en jouer en groupe quoi, et puis après voilà, rien de plus compliqué, je pense.

Lewis : C’est quelque part pour chacun d’entre nous un désir de s’évader, un véritable échappatoire de composer. Je l’ai vu quand j’étais tout seul, composer dans le local actuel où on est, c’est génial, on pense à rien, on fait son délire et son travail. Par exemple j’ai pu composer quatre compos, à présenter au groupe donc voilà. Quatre composées, enregistrées, mixées. Ils ont adoré et le projet a fonctionné, tout simplement.> Pourquoi ce nom d’Area et pourquoi le post rock ?

Hugo : Alors, Area pour les non anglophones, ça signifie la zone. Donc on est parti du principe qu’il y a une zone justement assez bien définie entre nous quatre : c’est notre local de répétition, c’est là où Lewis a commencé à composer les morceaux qu’on peut trouver sur l’EP. C’est aussi dans cet endroit qu’on s’est rejoint, où on a commencé à installer notre matériel, qu’on a développé la musique. Et au final on se rend compte par exemple, qu’après le concert de la Rock School, cette zone là peut s’étendre jusqu’à un périmètre relativement infini quoi.
Et alors, pourquoi le post rock ?

Lewis : Comme je suis parti du début, c’est un peu ce que j’écoute depuis tout le temps, ce que j’adore créer, ce que personnellement euh … Au début c’est la musique qu’on arrive à faire, que j’ai créé, que j’ai montré. Ils ont grave accroché. Et tous les quatre on continue à monter ce style de musique là tout simplement.
> Comment se passe le processus de composition d’une chanson ?

Hugo : Pour la majorité des morceaux, c’est Lewis qui arrive souvent avec un morceau déjà complet, où il y a la basse, les guitares, les idées de samples et de synthé. Une petite base de batterie pour la rythmique, et après c’est Etienne qui vient composer tous ses patterns de batterie, et nous derrière on arrange nos guitares. Cédric arrange sa basse mais c’est assez ouvert. Par exemple le morceau North Wind, c’est Etienne qui l’a composé en intégralité et il l’a amené de la même manière, c’est à dire que chez lui il a composé les guitares, la basse, et la batterie. Ensuite on fait un travail de groupe où on fait pas vraiment de la composition mais plutôt de l’arrangement et de l’adaptation. On modifie que très rarement le morceau dans sa globalité une fois qu’il a été composé.

> Vous avez un grand sens de l’image et de la comm’ (photos, fin du concert). Pourquoi ? Pourquoi ces personnages ?

Etienne : Tout simplement, on sait très bien que plus on est mystérieux, plus ça incite les gens à venir voir. Après nous, on veut pas d’une image de personnes imbus d’eux-même qui parlent avec personne. On le fait hors concert mais dans un but de devenir pro ou rester pro, il faut toujours garder un truc net et propre. A la Rock School c’était un peu l’avant-première donc on a testé ça.

Lewis : C’est une façon de communiquer tout simplement. On joue une sorte de personnage ou d’image qu’on s’est créé et c’était une volonté de nous tous en fait. ça reste important pour nous mais ça veut pas dire qu’on est pas drôle.
> Justement à la Rock School c’était votre première, j’ai rarement vu autant de monde pour un nouveau groupe : c’était qui, ce public ?

Etienne : Justement, on en revient à ce que j’ai dit juste avant, on a mis une barre assez haut si tu veux, au départ au niveau de la comm. On a pas cherché a commencer tout petit mais on a commencé à chercher un niveau assez élevé. Après on a plein d’amis et plein de gens curieux de voir ça. On a eu des bons retours. Pour expliquer pourquoi il y avait autant de monde, ben je veux dire on est bon quoi (rires). Non mais je rigole !

Lewis : En fait pourquoi autant de monde, c’est compliqué à expliquer mais je pense que c’est encore une fois cette petite image de discrétion, ça créé un engouement, de la curiosité et c’est sympa. Encore une fois on remercie ces gens d’être venus et on espère qu’ils ont aimé et qu’ils seront fidèles.

Hugo : Juste pour revenir sur un truc, le plan comm, on a quand même sur facebook notamment, vachement communiqué. On a sorti un EP, on a fait des choses hyper pro et hyper propre pour un groupe inexistant donc je pense que pas mal de gens voulaient voir ce que ça donnait en live. On nous a attendu au tournant donc je pense que c’est de là que vient cet engouement, et qu’il y ait eu autant de monde. Et puis on a monté quand même une soirée avec deux autres très bons groupes qui eux aussi sont bien connus sur la scène locale (Zukr et Here(in), ndlr) donc forcément ça amène du monde, notamment 160 personnes à la Rock School.

Lewis : On était pas 3000 hier ? (rires).
> Quels sont les groupes qui vous influencent le plus ?

Etienne : Ca va être simple, au niveau général, c’est Pink Floyd, le groupe qu’on écoute tous en commun. Après, Hugo écoute des groupes que moi j’écoute pas, Lewis pareil et Cédric pareil. Après pour moi c’est Pink Floyd, Archive aussi. Après c’est pas moi qui compose tous les morceaux mais moi c’est Arctic Monkeys. Note Arctic Monkeys !

Hugo : Pour les guitares je pense que c’est résolument Mogwai.

Lewis : Ouais comme dit Hugo y’a pas mal en influence Mogwai, mais ce qui est marrant c’est qu’on écoute pas tous les mêmes choses. Par exemple j’écoute pas les Arctic Monkeys comme Etienne, mais j’aime bien. C’est pas des trucs qui me dérangent, je trouve ça bien. Mogwai par exemple il trouve ça vraiment bien, Cédric pareil alors qu’il n’écoutait pas Mogwai avant. C’est un échange, on regarde ce qu’on écoute et on met notre touche à nous, tout simplement.

Hugo : Sinon pour répondre à ta question, y’aurait Mogwai, Archive et je pense que Muse fait partie du processus. La batterie, la basse, les guitares un peu moins mais l’énergie voilà.

Etienne : Ouais à la batterie Muse ouais.

Hugo : Et le riff de Dust !

Lewis : Quel riff de Dust ? Y’a pas que celui là.
> Area est né dans quel but ? Réussir ? Plutôt faire partie de la scène indé du post rock ou toucher un plus grand public et être “connus” ?

Etienne : Première réponse. Ca me va très très bien. Faire partie de la scène indé.

Lewis : Ah ouais, moi aussi.

Etienne : Après c’est pas du tout faux-cul, bien sûr qu’on a tous au fond de nous l’envie d’être connu mais j’ai toujours dit que je faisais de la musique car j’aime ça, et si j’arrive à inculquer mon ressenti quand je joue, aux autres, je suis content.

Lewis : Comme t’as dit, des petits groupes indés qui sont connus, je pense à certains qu’on a vu récemment avec Hugo comme Maybeshewill, Lost In The Riots avec qui on joue prochainement et tant d’autres comme Drop Electric, qui sont pas forcément connus. Mais si on s’intéresse juste à cette scène post rock mondiale, c’est excellent, c’est énorme. Le nom de groupe est plus connu que les personnages. Après notre but à nous c’est faire notre zic, la développer, la compliquer. La présenter aux gens dans la meilleure des situations possibles, le plus carré possible. On essaie de faire du boulot à fond et ça continuera, ça va s’améliorer de jour en jour.
> Vous allez faire de la dubstep comme Muse aussi ?

Hugo : Non ! On en dit pas plus mais non.

Etienne : Sans commentaire ! Pourquoi pas un rythme dubstep. Ouais, pas dans la musique en elle-même …

(Hugo et Lewis regardent Etienne en s’interrogeant, comme un être un peu frêle et perdu)

> Quelle est votre position sur le téléchargement illégal ?

Hugo : Moi je suis pas contre le téléchargement illégal ou gratuit. Après je pense que c’est de la bonne conscience de la part des gens. Nous on sort un EP, on y a mis de l’investissement en énergie et en argent donc si les gens sont pas trop cons, ils vont pas se dire “au lieu d’acheter le cd je vais aller le toper sur internet”. Forcément on peut tout trouver sur le net mais je pense que pour un groupe local c’est hyper handicapant. Je suis pas contre mais c’est pas quelque chose qui peut nous aider pour nous développer.

Lewis : Je suis tout à fait d’accord avec Hugo. C’est bien pour développer un groupe pour la notoriété, on en a même parlé la semaine dernière. Donner sa musique c’est un beau concept. Maintenant comme dit Hugo, on a passé un an à faire ça. Par exemple, acheter numériquement une musique à un euro, pourquoi pas. Mais c’est fou quoi. C’est donné. Après, un single, c’est du temps de réflexion. Le temps c’est de l’argent.

Etienne : Par rapport au temps qu’on y a passé, c’est bien d’avoir une petite contre-partie, quoi.

Lewis : c’est exactement ça. Après la musique, ça s’est toujours acheté, les places de concerts aussi, c’est comme ça et ce sera toujours comme ça. Sinon on pourrait jamais vivre.

Hugo : Après moi je préfère que les gens se procurent notre musique gratuitement et qu’ils viennent payer pour nous voir en concert. Moi aussi c’est ce que je fais, je préfère aller voir les artistes en concert.

Etienne : De toute façon depuis qu’internet est sorti c’est plus vraiment les CDs qui marchent, c’est plutôt les concerts. Le CD c’est une contre-partie.

Lewis : La vente numérique également.

Etienne : Ouais après on est pas Radiohead pour faire ça. Moi je suis pas contre le téléchargement, et puis ça m’arrive de télécharger. Si je le fais, ça me dérange pas qu’on me le fasse. Bon, j’aurai peut-être pas le même discours dans 5 ans si jamais ça a marché.
> S’il me prend l’envie de faire un court-métrage assez sombre, je peux vous appeler pour la BO ou pas ?

Hugo : Ouais moi je te dis oui tout de suite. Alors, pas parce que je t’aime bien et tout ça, mais parce que Lewis et moi, c’est pas forcément un objectif mais c’est quelque chose qui nous plairait énormément de faire de la musique de film. Sur l’EP ça se capte un peu aussi, ce côté cinématographique du truc, donc oui si jamais tu fais un court-métrage, si le scénar, le script et tout, ça nous branche, moi je suis d’accord pour plancher sur la BO.

Lewis : On peut prendre un morceau déjà fait ou enregistré, ou alors on peut créer. C’est hyper intéressant en fait. D’avoir des images et se dire, voilà, là, ça speede, on va trouver un truc plus intense, plus calme après. Ca m’est souvent arrivé de regarder des images sur le net, ne serait-ce que des diaporamas ou des vieilles images. Mon ampli tournait et ça m’est arrivé de créer de la musique dessus.

Hugo : Après ce qui peut être intéressant pour nous, c’est avoir un concept de ciné-concert quoi. Faire un concert avec la projection de la vidéo.

Etienne : Pour ma part ce serait l’apogée de faire une musique de film en fait. Ce serait le plus haut point que j’estime. J’arrive pas à m’exprimer, ce serait la consécration.

Hugo : Et un bel accomplissement voilà.
> Quelle question essentielle ai-je oublié ?Lewis : Déjà, elles sont toutes très intéressantes, merci pour ça.

Hugo : Moi j’aimerais poser une question à mes deux acolytes, notamment par rapport au concert : ça fait un an qu’on se voit deux fois par semaine pour répéter dans l’obscurité. On a donné notre premier concert à Barbey, je voulais savoir si actuellement vous êtes heureux du fait qu’on joue tous ensemble tous les quatre, êtes-vous heureux de faire partie d’Area, de se dire que c’est notre groupe ?

Etienne : Moi j’ai jamais été aussi fier de faire partie d’un groupe que dans celui-là. C’est propre, c’est travaillé, j’avais peur au début du matos, pas de la musique. Bon j’ai eu raison, à Barbey il a merdé. On me l’a même reproché sur facebook en me demandant de prendre des cours de sample.

Lewis : Ouais y’a eu quelques petits problèmes techniques mais on va faire en sorte de vite le réparer, pour le 20 Juin et le 21, et le reste qui va arriver : Septembre, Octobre, Novembre. Et même Janvier, Février, Mars, Avril et voilà. Et pour ma part et Cédric, je pense que c’était un bon live, l’ambiance était là encore une fois merci à tous ces gens d’être venus. Surtout à la fin quand on s’est mis en ligne personnellement j’ai eu de gros frissons parce que les gens applaudissaient encore et encore, c’était agréable et c’est la première fois que j’ai ressenti un tel intérêt, donc ouais, merci encore.
> Je vous laisse le mot de la fin.

Hugo : Ben merci à Etienne, Lewis et Cédric. Merci à toi Sylvain de nous accorder un peu de ton temps pour cette interview et pour les reports futurs pourquoi pas. Et c’est tout.

Lewis : Ouais pareil, c’est des “merci” aussi. Merci à tout le monde qui s’occupe ou s’est occupé d’Area, qui donnent du temps. Merci à Bastien qui s’est occupé du son de l’EP et avec qui on a travaillé quatre longs mois.

Hugo : c’est un peu notre producteur en fait.

Lewis : Ouais voilà. Merci aussi à notre ingé-son, Bouli, qui fait un travail énorme. Patience et pédagogie, c’est excellent. Un certain Jonas aussi, pour le logo et les premières photos officielles du groupe, merci pour ça. J’en oublie certains mais merci à toutes ces personnes qui se sont occupées d’Area.

Etienne : Le mot de la fin ? Moi j’ai deux petits mots : We Area.

Lewis : We Area.