Un Mix Up dominical entièrement attractif, dominé par la clique d’Emir Kusturica…

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Festival désormais connu et reconnu, le Mix Up picard, isarien plus précisément, ne cesse de croitre et passe, depuis une première salve de haute volée avec entre les groupes estampillés Born Bad, à Beauvais, à une prog’ plus festive, moins  généralement insoumise et de ce fait plus accessible à la plupart.

Ainsi, le dimanche débutait par un Dj set assez bref et entrainant pour réveiller l’envie d’en voir plus. Ben Ball Bass et ses élans africanisants, bien exécutés mais sans surprise outrancière, toutefois hautement musicaux et incitant largement à une danse gentillette, se chargeant de lancer les débats. Le charisme sobre de son leader aidant, on écoute sans déplaisir, on y trouve même de quoi s’échauffer les gambettes et on passe à la scène A, investie par les spectaculaires  Neggüs & Kungobram au chanteur expressif et démonstratif. Son “social groove” fédérateur raflant la mise lui aussi sans étonner outre-mesure mais en affichant une certaine maitrise et un registre bien joué, selon un carnet de “songs” lui aussi en phase directe avec l’Afrique et notamment le Togo, vigoureux et soniquement attrayant.

Têtes Raides

De ces débuts typés mais dont on pourrait attendre plus d’originalité, Fils de flûte et ses chansons françaises agréables, à l’identité perfectible (le trio est jeune et dispose donc d’une marge de progression estimable), allait étendre la portée sans les porter aux cimes et il fallut réellement attendre le set des Têtes Raides et leur ritournelles engagées, lettrées, pour voir la pression, et le niveau, franchir un pallier. Entre chanson, donc, aux cuivres avenants, et rock énergique, il va de soi que la formation menée par Christian Olivier, au jeu de scène remarqué, tout en attitudes significatives, n’est aucunement à remettre en cause sur le plan de l’impact scénique et musical, et l’a brillamment démontré en ce dimanche valorisé, aussi, par un village associatif captivant et dépaysant et une organisation sans failles, sous le joug d’une équipe plus que sympathique et grandement compétente.

Ensuite et avant Thiéfaine, lui aussi attendu, le superbe set de Cheap Wine, aux climats 70’s rageurs ou psyché/bluesy d’époque, fit monter la tension rock d’un cran tout en équilibrant un contenu aussi éclectique que judicieux, auquel le seul reproche à apposer serait de n’inclure aucun groupe décalé, dans le registre, par exemple, qui constitua le Mix Up beauvaisien ou celui de la GAM creilloise où officièrent par exemple Chokebore et The Oscillation.

Thiéfaine

N’ergotons cependant pas; la journée connut une montée en puissance, donc, couronnée par quatre prestations de choix, inaugurées par Thiéfaine et son rock soft ou plus belliqueux, fort d’un vécu conséquent, d’hymnes en nombre et d’une tenue de scène aussi mesurée que décisive. Un guitariste à l’allure rock en diable, au visage buriné, se distinguant de son côté par un jeu nerveux, couplés aux textes géniaux du Franc-comtois d’origine, presque Dylanien dans le look, voilà un gig de taille, à l’issue duquel on ne se posait guère plus de questions quant à la pertinence d’un Mix Up décidément attachant au possible, tant dans le son que dans les échanges humains et l’esprit véhiculé. Une cinglante révélation se mettant ensuite en évidence; le trio So was the sun et son rock grungy et remonté qui m’évoqua, c’est dire l’excellence du show, les monpellierains de Drive Blind et leur formidable Be a vegetable. Avec, greffées à ce rock teigneux et noisy, des effluves pop délectables et le charme d’une bassiste fine en adéquation totale avec ses deux compagnons de jeu. On en redemandait et cette envie d’énergie, de vigueur rock, le géniallissime  Emir Kusturica et sa fanfare/garage allaient la combler en signant le set le plus marquant du jour, tout à la fois festif et insoumis, aux accents slaves enivrants et doté de coups de boutoirs rock du plus bel effet qu’accompagnent les fameuses salves cuivrées de cette clique au sommet de son art. Des demoiselles aux anges étant même conviés sur scène pour accompagner, par des déhanchements dont elles garderont le souvenir en tête un long moment, ce concert de qualité hautement supérieure.

Superbe show donc, avant…une nouvelle trouvaille à prendre en compte; Deci Delà et sa vigueur électrique débridée, soulignée encore une fois, ce fut une constante lors du festival, par des textes habiles, et que contrebalancent des orientations plus chatoyantes, moins enfiévrées. Un quintet surprenant qui, en plus d’achever ce Mix Up sans failles sur une note, élevée, confirme par la même occasion la bonne tenue des pépites locales ou régionales.

Celles-ci, mêlées à des groupes plus confirmés, assurant de pair avec eux une journée notable et un festival largement recommandable, au sein duquel tout un chacun peut aisément trouver la félicité musicale, en un lieu de plus idéal et adapté.

Photos William Dumont.