Lüger – Concrete light

0
663
Groupe espagnol, ce pays n’étant ni connu ni particulièrement prisé pour ses groupes rock, Lüger remet les pendules à l’heure avec ce brillant second exercice kraut et psyché, qui parait rassembler le meilleur des deux genres, version cosmique (le céleste Belldrummer motherfucker qui ouvre les débats avec ses sons répétés complètement obsédants), dans l’entre-deux (Monkeys everywhere qui suit, au soudain fracas jouissif), ou selon un canevas agité, asséné, d’une puissance formidable couplée à un rythme soutenu (Dracula’s chauffeur wants more qui vient parfaire ce trio introductif génial).

Sur sept titres énormes, les territoires explorés en leur temps par les Can et Hakwind, et plus récemment Dead Meadow, sont ici défrichés et truffés de grattes acides, et instaurent des ambiances prenantes, opaques, dont émergent des mélopées tourmentées. Des parties synthétiques se greffent à un ensemble groovy et positivement nocif pour l’esprit, comme sur Hot stuff et ses parties d’orgue elles aussi addictives, dont la réitération génère une forme de dépendance. Des voix en adéquation avec le style pratiqué, souvent affirmées mais dotées de penchants spatiaux, se montrant tout aussi attractives, au diapason avec les trames instrumentales.

Plus loin, l’entrecoupé Shirokovsky pallasite I prolonge l’effet, déjà conséquent, par, justement, ses volutes de clavier prises dans des rythmes pesants puis plus retenus, avant que sa “part II” ne l’étende de façon plus appuyée, plus libérée, pour créer un enchainement fatal, digne des plus grands de la mouvance, qu’ils émanent des 70’s ou de la période actuelle.

Enfin, le dépaysement est de mise avec Zwischenspiel/Quidquid latet apparebit, tribal et hautement musical, aussi entêtant que le reste, qui complète magiquement un Concrete light parfait de bout en bout, cohérent, d’un format de plus idéal pour ne pas lasser.