TV Lumière – Addio! Amore mio

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On ne présente plus Acid Cobra Records, le label tenu par Amaury Cambuzat d’Ulan Bator, qui nous a déjà réservé de nombreuses bonnes surprises comme Chaos Physique, Sexy Rexy, V13 ou The somnanbulist. Autant de groupes souvent expérimentaux, à la musique racée et changeante dans ses humeurs. TV Lumière s’inscrit dans cette catégorie et les frères Persichini signent désormais, avec Irene Antonelli à la basse et Yuri Rosi à la batterie, et ce depuis une petite dizaine d’années, des oeuvres recommandables, dont l’aboutissement se situerait sur cet opus.

Soudé et expérimenté (il a, tout de même, partagé la scène avec Ulan Bator, Calla ou l’Enfance Rouge), TV Lumière oeuvre dans une veine noise que modère un rock élégant et ténébreux. L’univers ainsi défini est saisissant et accroche par ses contrastes entre envolées caractérielles et distinction dans l’ornement. Le chant en Italien ajoute à sa force de persuasion, et qu’il fasse dans le soft (le magnifique Un fiore per il capitano) ou monte lentement en intensité jusqu’à malmener la quiétude assombrie de son ouvrage (La condanna), le quatuor se montre crédible, insoumis, aussi, et hautement performant. Les longs formats de certains titres n’entravent pas sa qualité; bien au contraire, ils lui permettent de développer de façon d’autant plus pertinente ses trames troublées, à la fois propres et souillées, et de valoriser un décor instrumental soigné d’une grande beauté (Transoceanica). Les climats qui émanent de cet album ne sont pas sans rappeler Morricone (ce même Transoceanica), ou l’Enfance Rouge pour ce mélange entre noise et rock lettré.

On s’enivre par conséquent de la longue complainte déchirée de La lettera, ou du format plus étendu encore de A.M.A.N.O. et ses voix samplées, cinématographiques, à la Microfilm. Superbe transition avant le second volet de l’opus, ces plages de choix précédent une chanson courte et épurée, le soyeux et chatoyant Da quando mi hai abbandonato, puis une autre du même style, plus emphatique toutefois, secouée par des guitares faussement tranquilles (Ago e filo), qui font à leur tour leur preuves de belle manière.

TV Lumière fait ensuite dans le plus ouvertement énervé sur l’intro de Scena muta, pour ensuite imposer une cadence saccadée, avant de nous offrir dix minutes scindées en deux parties sur L’ospedale vecchio/I sette giri del; l’une jazzy enfumée mais plutôt délicate, et l’autre dans un esprit folk dénudé, enrichissant de cette façon son panel sans faiblir une seconde. Il conclut donc sur une note légèrement différente du reste, bien qu’animée par ce même esprit libre, et livre un excellent album, à classer auprès des autres groupes de ce label plus que recommandé.