Watine – Still grounds for love

0
1801
Troisième album pour Catherine Watine, révélée par un Dermaphrodite datant de 2007 puis confirmée par B side life en 2009. Son adresse dans l’ornement musical, feutré mais non dénué de caractère bien qu’un peu trop bridé dans ses élans rugueux, et son style gentiment hybride en ont fait une artiste estimable, et cet opus ne dérogera pas à la règle.

Toujours intimiste, entre cordes et piano (The strings of my fate), animé par un chant sans fard, Still grounds for love démarre dans un mid-tempo obscurci de toute beauté (The story of that girl) et gardera intacte cette élégance jusqu’aux dernières notes de Grounds for love, ultime morceau aérien drapé, lui aussi, dans un lit de cordes avenantes.

L’option est toutefois un tantinet trop usitée et on aimerait que la rondelle s’emballe, pousse plus en avant encore la timide envolée de Connected queen, seconde plage entrainante et chatoyante. Le constat n’empêche cependant pas la qualité et l’écoute ravira bon nombre d’auditeurs, les ambiances faussement sereines du disque  le dotant d’un certain cachet comme sur Trying to, quatrième jolie vignette sonore offerte ici, ou ce Books & lovers à la fois intense et délicat.

On guette malgré cela l’audace, l’énergie salvatrice qui ne vient et à laquelle se substitue ce savoir-faire dans l’étoffage musical, cette sensibilité dans le ton qui portent Strong inside et un Architect d’autant plus appréciable que ses percus et ses guitares, gentiment brouillées, viennent troubler sa quiétude avec superbe. C’est alors que l’album prend sa pleine mesure, en s’écartant légèrement de son versant assagi, qu’il cherche l’équilibre entre celui-ci et de brèves sautes d’humeur. Et quand bien même Sailor privilégie la première option, la tension contenue dans les nappages de cordes donne du coffre à l’oeuvre en présence.

Watine peut alors « oser » le chant en Français (Le cours de ma vie et sa fin assombrie), mêlé à l’Anglais; le pari est réussi, l’option judicieuse et plutôt porteuse et ne subsiste, au bout de l’écoute, que le regret laissé par de trop parcimonieuses embardées rageuses.

Un album racé donc, aussi accompli que les précédents, représentatif de l’univers (trop) soyeux et habilement travaillé de sa génitrice.