The Amplifetes (+Myra Lee+Marklion); le Décalage Sonore se porte bien, merci.

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Deuxième concert du festival Décalage Sonore, brillamment inauguré la veille par les Hushpuppies, l’affiche de ce vendredi soir mettait en scène les Amplifetes, à l’electro-pop exaltante, Myra Lee, la formation de la talentueuse Maud Nadal, et son folk fiévreux, doublé d’un rock de caractère. Et pour finir, l’electro…roborative de Marklion, moins marquante que l’univers des formations précitées mais qui, c’est une évidence, parvient à attirer une certaine frange, assez fournie, du public.


Myra Lee

C’est donc Myra Lee qui ouvre le bal et là, malheur aux retardataires, passés de toute évidence à côté d’une bien belle prestation, entre folk troublé et élégant et rock aux humeurs bien campées. Qu’elle officie seule à la guitare accompagnée de son batteur -c’est ainsi qu’elle débute le show-, ou avec son groupe en entier, Maud fait preuve d’un prestance, d’une grâce et d’un talent qui font de Myra Lee une révélation à suivre à la trace ou plutôt à la note, tant vocalement que dans l’ornement musical.


Myra Lee

Plurielle dans ses activités (rappelons qu’elle chante aussi chez Choice Dainties, groupe au rock fougueux), épaulée par des musiciens de choix, elle évoque des grands noms comme PJ Harvey (The flame in the eye, par exemple, superbe) ou Cat Power pour la magnificence vocale, mais aussi Shannon Wright pour cette habileté à faire voisiner rock dur et folk hanté et pétri de classe.


Myra Lee

Les titres du récent EP The flame in the eye valorisent la seconde option ou se situent à mi-chemin des deux, tandis que d’autres compositions, plus frontales, viennent étoffer le set sans que cette succession de morceaux aux atours variés ne sonne forcé, loin s’en faut. Emotion et intensité cohabitent sans heurts, ou pour être plus précis dans une dualité aux écarts sonores appréciables, et Myra Lee signe au final un concert de grande qualité, qui donne l’envie, dans un même mouvement, de s’atteler à l’écoute du EP, d’avoir le plaisir d’un contenu discographique plus fourni encore, et bien sur de revoir le groupe sur les planches, où il prend, vous l’aurez compris, toute sa mesure.


The Amplifetes

Une bien belle apparition donc, que suit Amplifetes. Et après les Danois de WhoMadeWho la semaine dernière, force est de reconnaitre que les Scandinaves savent y faire, imposant une electro-pop enlevée issue d’un premier album, éponyme, animé par des morceaux imparables comme Somebody new. A l’image de ce que fait WhoMadeWho et dans la logique d’un revival new-wave/electro aux touches rock judicieuses, Amplifetes démontrent à leur tour un don indéniable dans la composition et la juxtaposition d’éléments musicaux disparates. C’est dansant, imaginatif, et ça a aussi pour vertu de rapprocher les castes, entre adeptes du dancefloor et amateurs d’une musique plus “pensée”. Le groupe, impliqué, affiche également un certain charisme et met bien vite en branle un public réceptif. Le panel proposé est de plus large et demeure cohérent, les synthés étayent l’ensemble de leurs nappes délectables, des basses entrainantes accentuent le côté groovy de l’ensemble. Et dans la cadence changeante de la bonne dizaine de morceaux joués, entre les effluves psyché de Maxine et le tubesque It’s my life, irrésistiblement accrocheur, on succombe à l’énergie et à l’inspiration des Suédois. Des relents funky de When the music died à un Whizz kid rythmé à l’esprit rock, porté par des scories 80’s décisives, The Amplifetes s’impose et en impose, et après Myra Lee, prolonge le vif plaisir du public friand de Décalage Sonore.


The Amplifetes

Après ces deux concerts enchanteurs, il incombe à Marklion de mettre fin à la soirée, seul derrière ses platines et si ce genre electro dénué de chant trouve visiblement écho auprès de certains (il est vrai et à souligner qu’en dépit du fait qu’on ne soit pas fan, ce qui est mon cas, de ce style, on ne peut s’empêcher de taper du pied au rythme des boucles jouées), il devient à la longue assez ennuyeux. Comme pour d’autres artistes opérant dans un créneau similaire, un peu de diversité, du chant aussi, et l’apport d’un peu de “respiration” permettrait peut-être de crédibiliser le répertoire. Celui-ci serait à mon sens moins lassant, plus aéré, moins touffu, et plus plaisant à l’écoute tout en gardant intact son penchant dansant.
Néanmoins, beaucoup aiment et se trémoussent sur le son de Marklion et en cela, on peut considérer que celui-ci s’est acquitté de sa tache sans faillir.


The Amplifetes

Le Décalage Sonore affiché au menu de cette fin de semaine s’avère en tous cas porteur et diablement prenant, et ne faiblira surement pas ce soir, Lab° et la révélation Suuns étant à l’affiche de cette dernière soirée Décalée.


Marklion

Photos William Dumont.