Interview Hushpuppies

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Le groupe français Hushpuppies était récemment à Bordeaux, plus précisément dans le très moderne Rocher de Palmer, afin de présenter leur troisième album The Bipolar Drift sorti le 21 Mars 2011. Rencontre dans leur loge quelques heures avant le spectaculaire set, rock n’ roll et progressif à souhait, qui a su mettre le feu et réjouir les plus fidèles.
>> Que vous apportent les tournées, hors-champ musical ? La plupart des groupes ont un peu la tête dans le guidon, pris par les impératifs du milieu, lorsqu’ils partent sur la route…

Hushpuppies : C’est un peu la récréation. Nous n’en sommes qu’au début donc nous profitons encore du côté bouffée d’air de notre tournée. C’est aussi l’occasion de connaitre beaucoup mieux Marc, notre nouveau bassiste qui remplace désormais Guillaume.>> Je vous vois pour ma part comme un groupe résolument actuel, mais doté d’influences dont certaines trouvent leurs sources dans le passé. Me rejoignez-vous dans cette idée?

Hushpuppies : Entièrement oui. Nous avons pas mal d’influences dans les années soixante ou soixante-dix. C’est ce que l’on écoutait à Perpignan pendant notre adolescence. Ensuite nous avons grandi et écouté aussi pas mal d’autres chose. Nous avons vécu la vague pop anglaise des années 90 et le retour du rock avec les Strokes et les White Stripes. Ce qui fait qu’inconsciemment toutes ces influences se retrouvent dans nos morceaux.>> The Bipolar Drift est sorti il y a à peine plus d’un mois, que ressentez-vous maintenant que celui-ci est dans les bacs ?

Olivier : On ressent une espèce de bien-être énorme, parce que ça, c’est fait. C’est comme quand on fait un bébé … en fait nous on a fait de la musique parce qu’on n’est pas des filles et qu’on pourra jamais connaître la grossesse, et là, c’est un peu ça. On s’en est remis, on a maigri et tout ça, et on est très contents. Dès que t’as un nouveau bébé qui sort, ça veut dire que tu vas aller faire la fête avec tes copains pendant le week-end pour faire des concerts. Donc là on est en pleine tournée et on est contents car ça se passe plutôt bien.>> Après trois albums, pensez-vous avoir défini un champ musical qui vous est désormais propre ?

Olivier : Non …
Franck : On a essayé en fait de construire notre son sur le premier enregistrement, avec un son garage et tout ça, alors que sur le troisième disque on a essayé de déconstruire ce son, d’aller plus loin. C’est plus une déconstruction qu’une construction.
Olivier : On ne sait pas ce que demain, on va faire comme 4ème album, on peut faire autre chose. Après y’a toujours ce lien qui fait que même à l’écoute de cet album, on reconnait nos sonorités même s’il y a d’autres choses, d’autres rythmes de batterie ou autre. Mais c’est nous.
Franck : Ce qui est sûr c’est qu’on a plus le soucis de l’identité “Hushpuppies”, on a déjà trouvé ça. On peut donc se permettre d’explorer d’autres univers.>> Au vu de votre parcours, quels seraient les temps forts que vous en tireriez, et au contraire, les galères que vous avez pu connaître ?

Franck : C’est une bonne question ça ! Pour les galères … Non y’a pas eu de grosses galères …
Olivier : Non on a fait un parcours sans faute jusqu’à présent (rires)
Franck : Quand Cyrille pète dans le camion, ça c’est une grosse galère !
Wilfried : Les temps forts, c’est quand même sur la première tournée, où on a fait beaucoup de gros festivals, les Eurockéennes, les Vieilles Charues, le Printemps de Bourges.
Franck : Sur la première, il n’y avait que des temps forts car on découvrait tout, et tout nous est tombé sur la gueule en quelques temps, donc effectivement, on avait tous les gros festivals, le disque se vendait plus que prévu, c’était que du bonheur. On peut dire que toute la première année était assez hallucinante pour nous.
Olivier : Chaque fois que le téléphone sonnait, on sautait au plafond, quoi. >> Vous vous êtes habitués à la place à laquelle vous êtes maintenant ?

Franck : Habitués … Ouais, disons que ça nous fait moins sauter au plafond, et maintenant quand on n’a pas ce genre de trucs, on se demande pourquoi ça n’arrive pas.
Olivier : Et c’est là que tu doutes en fait.
Wilfried : Y’a moins de gros festivals maintenant.
Franck : Attend y’a Rock En Seine !
Wilfried : Ouais y’a Rock En Seine !>> Comment le dernier opus est-il accueilli pour l’heure, sur le plan scénique et dans la presse ?

Cyrille : Une question à tiroir … Petit A, petit B …
Olivier : Mais c’est bien écrit et tout.
Franck : Sur le plan scénique c’est difficile à dire, ça fait qu’un mois qu’on tourne, les gens ne sont pas autant habitués qu’avec les anciens morceaux.
Olivier : Et par rapport au début de tournée et la fin de tournée, c’est le jour et la nuit, on a vu ça sur les deux premières tournées, au début c’est plus dur de remplir les salles, les gens connaissent pas encore l’album, y’en a la moitié qui savent pas qu’il est sorti et tout ça, donc à chaque fois la fin de la tournée est beaucoup plus remplie et ça se passe mieux. Donc là, c’est encore un peu tôt pour dire ça. Mais il y a quand même pas mal de gens qui chantent les nouveaux morceaux.
Franck : Au niveau des médias, l’accueil est plutôt positif.
Wilfried : Pour l’instant y’a pas de mauvaises critiques, j’ai peur de ça un peu là.
Franck : Mais ça va arriver.
Olivier : Si un jour on fait le truc à la télé avec les deux couillons qui descendent tout le monde là … On se fera peut-être descendre, mais sinon pour l’instant ça va. >> Le dernier album est plus calme que les derniers enregistrements, est-ce une marque d’assagissement de votre part, ou de maturité ?

Franck : De maturité … Hum …
Olivier : Est-ce que c’est ce qu’on appelle l’album de la maturité ?
Franck : Oui, certainement, on a pris plus de temps pour enregistrer, c’est moins direct et moins énergique qu’avant, c’est sûr.
Wilfried : C’est peut-être aussi une folie douce, c’est peut-être plus calme mais plus fou.

>> Peut-être aussi parce que vous avez eu plus de temps ?

Franck : Ouais, plus de temps, plus de travail au studio, donc plus de recherches dans les sons.>> Qu’écoutez-vous en ce moment issu de l’hexagone ?

Olivier : Issu de l’hexagone …
Franck : Kid Bombardos, qui sont bordelais d’ailleurs.
Olivier : D’ailleurs j’ai écouté leur nouveau titre là sur facebook et c’est pas mal.
Franck : Concrete Knives aussi, c’est pas mal.
Olivier : Ouais c’est un groupe de Caen avec qui on a joué à Lille et on a tellement adoré qu’on les a invités à notre concert parisien à l’Alambra en première partie, c’est vraiment une super découverte pour nous.
Marc : Et Haroun Tazieff aussi !
Wilfried : Une espèce de nouveau concept qui va bientôt sortir.
Franck : Poni Hoax aussi, j’adore.
Olivier : Ben le meilleur morceau de tous les temps, Antibodies de Poni Hoax.
Olivier : Ouais Antibodies c’est un morceau énorme, un single énorme, un vrai bon morceau.
Franck : On a longtemps été fan de Air et j’adore Phoenix aussi. Et il y a Eldia, le groupe parisien. Après on écoute beaucoup de trucs anglo-saxon …
Cyrille : Les Black Angels !
Wilfried : Broken Bells aussi.
Franck : Ouais Broken Bells, mais c’est américain.
Cyrille : Tame Impala !
Olivier : Ouais Tame Impala, grosse claque néo-zélandaise.
Wilfried : Non c’est australien …
Olivier : Ouais c’est pareil c’est l’hémisphère Sud !>> Est-il envisageable que vous sortiez du format habituel des chansons et du rythme des albums pour vous atteler à d’autres travaux comme des remix, des BO ?

Wilfried : Ouais pour Tarantino !
Franck : Je sais pas, why not !
Olivier : On l’a déjà fait un peu, on a une amie qui avait réalisé un 52 minutes pour du cinéma indépendant à Paris, elle avait fait tout un reportage et on avait illustré le reportage avec de la musique vraiment faite pour ça, on avait beaucoup aimé cet exercice. Mais après ça dépend des rencontres qu’on fait, des gens qui viennent vers nous, on va pas faire un film pour faire la BO, non parce que la BO serait peut-être bien mais bon, le film …
Wilfried : Moi j’adorerais, ce serait super. Ce serait vraiment intéressant et enrichissant pour nous.>> Vous avez fondé votre propre label, comment cela s’est-il déroulé et quels sont les projets du label ?

Olivier : Ouf alors les projets du label, au départ c’est plutôt une boite d’édition qu’on a monté pour le premier album et quand notre label s’est cassé la gueule et qu’on cherchait une nouvelle structure, on n’a rien trouvé. On avait un peu d’argent sur cette boite grâce aux deux premiers albums et on a pensé utiliser cette structure pour sortir notre disque. Donc c’est pas vraiment un label monté en se produisant nous et faire d’autres groupes derrière.
Wilfried : Déjà supportons-nous.
Olivier : Après c’est dur mais … Moi je dis si on arrive à rentabiliser cet album, on va produire Haroun Tazieff.
Franck : C’est le deuxième projet de notre bassiste Marc !
Olivier : C’est une espèce de truc psyché, progressif, à moustache. >> Que conseilleriez-vous aujourd’hui aux jeunes groupes désireux de percer dans le domaine musical ?

Olivier : Tu vois la ceinture, tu mets deux ou trois crans de plus et tu serres un peu plus.
Franck : Non mais comme moi quand j’étais petit je voulais faire du foot, et si j’avais espéré être Zidane je me serais mordu les doigts car j’étais pas fait pour ça. En musique c’est pareil, si t’as un peu de chance et que t’es comme nous, au bon moment au bon endroit et qu’un label te repère, tant mieux. Sinon, il faut continuer et pas s’énerver, je vois plein de groupes qui veulent absolument fonctionner et s’engueulent entre eux, et splittent parce que ça marche pas. Or, on sait très bien qu’il y a plein de groupes super bien mais que tous ne fonctionnent pas. Il ne faut pas s’énerver.
Wilfried : Surtout s’ils essaient de faire un single absolument, c’est le truc à ne pas faire, autant garder une ligne droite et se faire plaisir.
Franck : Je pense que si le groupe est vraiment bon et efficace, ça va forcément passer.
Olivier : Moi je rajouterais qu’il faut travailler, être sérieux dans le travail mais faire ça en dilettante.
Wilfried : C’est à dire beaucoup de répets, et travailler quoi. Y’a pas de secret.par Sylvain en collaboration avec A Good Day For A Trip.