Interview de deux weird electro-poppeux incontournables, Rubin Steiner et Ira Lee.

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    Suite à un “We are the future” commun particulièrement réussi, interview “séparée” des deux trublions adeptes de la “weird electro-pop”.


    RUBIN:


    Tu es, Rubin, un adepte des collaborations, toujours réussies. D’où t’est venue l’idée d’oeuvrer avec Ira Lee?

Je n’ai vu Ira que 4 jours en tout et pour tout ! Notre première rencontre, c’était dans ce lieu secret de Tours où je fais de la musique, dans l’atelier d’électronicien d’Olive (qui joue du sytnhé avec moi sur scène). C’est un endroit magique, où répètent une poignée de gens formidables, comme Pneu, Boogers, Funken, Mesparrow, Piano Chat et j’en passe. J’étais coincé avec un remix de Bosco que je n’arrivais pas à faire, pour la simple et bonne raison que je leur avais promis un remix hip-hop old school, mais bon, je ne suis pas un rappeur New-Yorkais de 1982. Ce jour là, Funken et Ira Lee enregistraient dans la pièce voisine leur album des Foxheads. Je leur ai filé mon instru et en 20 minutes, on avait fait un tube hip-hop de 82 ! J’étais bluffé par la facilité d’Ira avec un micro et son envie de faire des trucs, sa gentillesse et son enthousiasme dingue. Il se trouve aussi que j’ai un vieux passif hip-hop, mais je l’ai toujours gardé pour moi. Je connais cette frustration terrible du gars qui fantasme le gros rappeur sur ses musiques. Et là, tombé du ciel, voilà Ira Lee qui débarque dans le studio. J’ai ressorti pour ce disque des morceaux qui dataient de plus de dix ans. Un rêve qui s’est réalisé en fait. Mais si jamais on doit refaire des choses ensemble, là oui, je bosserai différemment. En connaissance de cause.

Pour continuer sur le sujet des « collabs’ », que t’apportent t-elles? J’imagine que l’échange est loin de se limiter à un simple apport de ta part aux artistes avec lesquels tu travailles…

    Non, ça ne se limite pas qu’un simple apport de ma part. Une collaboration, c’est un échange…les collaborations menées tout au long de ma carrirère font partie intégrante de ce que je suis et produit et ce, dans les différents domaines que j’ai approché .j’ai fait tout un tas de trucs qui prendraient des pages à raconter et qui ne sont pas très intéressantes au fond. Mes fiertés, c’est d’avoir fait de la musique et joué sur scène avec des gens aussi géniaux (et différents) que Robert Le Magnifique, Charlie O, Federico “French Cowboy”, Boogers, Lionel de Nestor Is Bianca, Thomas Poli, Butch Morris, Ilhan Ersahin, Doug Wieselman, Lenny Wollesen et même NLF3 il y a longtemps. J’ai monté un label aussi, avec ma chérie (mme douze, qui fait aussi le graphisme de mes pochettes et avec laquelle nous faisons le groupe Camping Car) et Vincent “Furet”. Travaux Publics ça s’appelle. De bons souvenirs. Aujourd’hui, on s’occupe du Temps Machine, la future salle de concert de Tours

    Quel regard portes-tu sur la scène tourangelle, que je considère pour ma part comme riche et diverse? Des groupes comme Johnny Boy, même exilé à Paris, ou The Finkielkrauts y font de toute évidence figure de superbes espoirs…

Riche et diverse c’est ça !! Il y a une effervescence à Tours, vraiment intéressante. Les musiciens se connaissent, se cotoient, se soutiennent, les collaborations et échanges pleuvent ! Ceci dit j’imagine que les musiciens bordelais ou rennais ressentent la même chose. Pour revenir sur the Finkielkrauts ils m’ont clairement  impressionné avec le morceau “cocksucker no blues” qu’ils venaient d’enregistrer chez eux, en une prise. Ce morceau, joué dans l’urgence par des types de vingt ans passionnés de musique, m’a tout de suite plongé dans l’ambiance particulière de morceaux de PIL ou ESG, minimal, funky, aride et punk. Autant dire que ça m’a plu tout de suite.J’ai fini par rencontrer les cinq garçons et je les ai invité à venir enregistrer dans notre petit studio quelques titres, à l’arrache, en live. En deux jours, nous avons mis en boîte 7 ou 8 titres, et encore une fois “Cocksucker no blues” c’est clairement un tube.

    Te sens-tu le « parrain » d’une scène régionale voire nationale, au vu de ton influence sur les travaux des groupes qui en font partie?


     Le parrain ? Non ! Sauf quand je me mets à fumer le cigare et parler italien 🙂

    Te bases-tu sur une « recette » particulière qui générerait cette aisance dans le brassage des genres?

    Ecouter beaucoup, beaucoup beaucoup , découvrir et laisser le soins aux autres de me faire découvrir  En gros, la musique m’ennuie vite alors j’essaye, sans prétention aucune, de m’amuser avec les genres… Je n’ai pas d’ambition particulière avec la musique, si ce n’est m’amuser.

    Après l’opus en commun, allez-y, lâchez-vous et exprimez vos ressentis de l’un et de l’autre….

Ce type est un grand malade du micro. Il a même improvisé sur des instrumentaux qu’il n’avait jamais entendu avant. Je n’avais jamais vu un chanteur qui tombait de joie à la fin des prises, allongé par terre en hurlant de bonheur. Je l’aime.

IRA:

Comment as-tu vécu cette expérience avec Rubin?

Au fond, travailler avec Rubin Steiner est un privilège créatif. Le “We are the Future” L.P. a été construit sur la collaboration des talents complémentaires et le désir mutuel d’effectuer un projet intéressant, original, accessible, et dansable. La collaboration a évolué organiquement. Comme si nous avions tous les deux passé 10 ans de notre vie à attendre de se rencontrer. Tous les morceaux sur l’album ont été enregistrés en une seule prise. Il y a donc plusieurs chansons sur l’album qui sont complètement spontanées, totalement improvisées, et basées sur la magie de l’instant. Notre seul objectif tout au long du processus : ne faire que des classiques ! Travailler avec Rubin m’a mis au défi d’écrire les meilleures chansons, les plus braves de ma vie.

Penses-tu creuser, ce qui n’etonnerait guère vu le résultat obtenu, le filon des collaborations?

Mais ouais! J’ai déménagé en France pour échapper à mes fantômes du Canada. Depuis mon arrivée, j’ai fait six albums avec des artistes de France, de Suisse, de Russie, d’Allemagne et des Pays-Bas. Label Bleu à Tours est la maison d’un groupe extrêmement talentueux d’artistes, musiciens et amis. Faire partie de l’héritage du label bleu est un honneur et le point culminant de ma carrière artistique. Je travaille donc présentement sur plusieurs albums en collaboration avec différents artistes, autant en Europe qu’au Canada et aux Etats-Unis. C’est important de continuellement développer les réseaux en 2011. Juste avant la fin du monde.

Pensez-vous tous deux étendre cette aventure au domaine scénique?

Partout. Cet été dans les festivals, les fêtes, les bars, et les pique-niques en France. En Août, avec du sirop d’érable et de la poutine au Canada. Et une tournée américaine l’année prochaine !

Peut-on déjà s’attendre a quelque chose de ciblé ou déjà déterminé quant a la suite de vos carrières?

On ne sait jamais, c’est pourquoi nous sommes des artistes passionnants. Mon prochain grand projet est l’écriture et diriger un opéra parrainé par le Conseil des Arts du Canada à Montréal, et puis un court métrage intitulé “The Pigman”. Entre temps, j’ai 6 albums terminés qui n’attendent que d’être financés pour sortir! Tout ce que je peux garantir, c’est que j’ai besoin de constamment produire de l’art, ou je mourrai.

Lâchez-vous et exprimez vos ressentis de l’un et de l’autre…

Fred a des beaux cheveux, il porte un foulard à l’intérieur, il rit de mon Français et je ris de son Français! Presque toutes les chansons qu’on a faites ensemble sonneraient encore mieux sans mes paroles et ma voix. Fred est musicalement schizophrénique et après trois bières il commence à parler comme Joey Ramones. Pour rigoler avec Fred, je mets un vinyle de Bjork et je le mets aussi fort que possible. Et finalement, je pourrais placer sa voiture dans mon sac à main.