The Young Gods au Café de la Danse; psyché, fulgurant, intense.

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Quelques mois après avoir foulé le sol picard sans s’attarder sur leur “petit nouveau”, l’excellent Everybody knows, le quatuor helvète culte jetait l’ancre au Café de la Danse, belle salle parisienne située en plein quartier Bastille.

Devant une assistance fournie et enthousiaste -on la comprend vu la teneur des prestations scéniques de Franz Treichler et ses comparses-, les Young Gods donc (l’appellation parait de plus en plus juste tant le groupe évolue et se renouvelle tout en restant cohérent et passionnant) ont gratifié le parterre parisien d’un show bien assis entre plages psyché imparables et embardées soniques “maison” assorties de séquences electro imprenables, se permettant même au passage, sur plusieurs titres d’Everybody knows, de faire la nique à Radiohead dans le registre “electro expressive et émotive” en dotant la leur d’une force d’évocation, et d’une vigueur finement mise en place, exemplaires.

L’apport des morceaux dudit album est de taille et, combiné à ceux de Super ready fragmenté (comment résister, en effet, à I’m the drug, About time ou Freeze, pour faire court) et aux inénarrables standards des Jeunes Dieux (Kissing the sun, démentiel, ou Skinflowers et ses soubresauts electro magiques, puis sur la fin une version hallucinante, dans tous les sens du terme, d’Envoyé), permet une apparition encore une fois marquante, entre finesse et puissance, inventivité et esprit délibérément libre et novateur.
Les Gods n’ont pas leur pareil pour investir les planches, imposer une atmosphère changeante et évolutive, la théâtralité de Franz, particulièrement en verve, venant parfaire ce show de haute volée.

Seul bémol, un son “moyen” comparé à celui dont disposent les Suisses en temps ordinaire, qui ne gâche nullement le plaisir de les voir et de les entendre, décuplé par le trip physique et mental que des plages comme Mr Sunshine, Blooming ou le trépidant No land’s man, ou le saccadé et rageur Tentez le grillage, merveilleux en live, offrent au spectateur.

Dans le registre “posé” et aérien, Once again prolonge l’envoûtement et livre des guitares torturées, plus qu’appréciables, Miles away produisant un effet aussi significatif sur une note plus enlevée, certes, mais tout aussi subtile dans le jeu. Les auteurs de TV Sky ou Only heaven (on n’ose imaginer ce qu’un Dame Chance ou un TV Sky, ou encore un Strangel donneraient en live, sous peine d’être en proie à de vifs regrets…dus à leur absence dans les shows actuels du groupe) font feu de tout bois, dont celui d’une guitare sèche savamment utilisée, et font autant dans le visuel que dans le mental ou le corporel, se donnant sans compter et jouant un répertoire dont l’étendue leur donnerait la possibilité de jouer bien au delà du temps imparti. Et au final, on quitte la salle, ou les loges, une fois de plus ébahi, transporté par le talent et la capacité des amis de Marco Neves à mêler organique et synthétique avec un savoir-faire impressionnant.

Une soirée de taille donc, une de plus à mettre à l’actif d’une formation n’ayant de cesse de surprendre et d’innover, dans la modestie la plus totale et avec une maestria jamais ébranlée.

Photos William Dumont.